Synthèse de la rencontre du 15 décembre 2012 : Regards Chrétiens sur le Service du Frère

Le 15 décembre 2012 une centaine de personnes se sont réunies à Villeneuve les Avignon à l’initiative du CCFD Terre Solidaire, de Chrétiens en Vaucluse, de l’entraide Protestante et du Mas de Carles pour réfléchir sur le thème «  regards Chrétiens sur le service du frère ». Vous trouverez ci-dessous le compte rendu de cette journée.


Chrétiens en Vaucluse
Blog : chretiens-en-vaucluse.over-blog.com

 

Regards Chrétiens sur le service du Frère

Journée de rencontre et de réflexion

Avignon- 15 décembre 2012

Rejoignant l’appel des évêques de France à « resituer le service de la charité au cœur de la vie des communautés », lors du lancement de Diaconia 2013 il y a deux ans, des mouvements chrétiens du Vaucluse ont pris l’initiative d’une rencontre intitulée « Regards chrétiens sur le service du Frère ».

Ainsi, à  L’initiative du CCFD Terre Solidaire, Chrétiens en Vaucluse, l’entraide Protestante et le Mas de Carles a eu lieu le 15 décembre 2012 à Avignon une journée de réflexion sur le thème Regards Chrétiens sur le service du Frère, l’occasion de réfléchir au lien entre croire et servir.

Cette journée qui  a réuni une centaine de personnes à l’YMCA à Villeneuve les Avignon s’est déroulée en 3 temps principaux :

1/ Une conférence du Père Bruno- Marie Duffé, Professeur d’Ethique Sociale et médicale, vicaire épiscopal «  famille et société » du diocèse de Lyon avec un débat. Son expérience d’aumônier du Centre anticancéreux Léon-Bérard a donné à son exposé une coloration très concrète dans l’approche du frère souffrant et de la rencontre de Dieu dans le service du frère.

2/ Des témoignages de responsables et animateurs d’associations qui ont expliqué leur itinéraire, leurs   motivations et les effets de leurs engagements

3/ Un temps très fort de Prière œcuménique animé par un prêtre orthodoxe, un prêtre catholique et une pasteure

On retiendra principalement de cette journée la qualité des interventions et la satisfaction de chacun de  pouvoir échanger sur le thème de la nécessité de s’engager très concrètement  au service du frère mais aussi de la nécessité d’avoir une réflexion sur cet engagement.

Nous retraçons ici les quelques enseignements que l’on peut tirer de cette journée, ce qui pourra permettre de poursuivre la réflexion et de l’enrichir.

I-  Nous sommes invités à réfléchir à  la réactivation du lien entre croire et servir : la foi aux défis de la fraternité.

Le Père Bruno- Marie Duffé a repris ce thème en l’illustrant de nombreux exemples et anecdotes et en le resituant dans une perspective de croyant et d’homme.

A / Une réflexion qui se doit d’être conduite en profondeur car majeure pour ne pas s’égarer:

1-1/ Il convient de revenir sur le verbe grec diakoneo qui évoque à la fois l’attitude et la fonction de « celui qui sert »

Il nous a été rappelé que dans notre culture il y a  un paradoxe au sujet du service : c’est à la fois l’attitude de celui qui n’a pas de pouvoir ( « il est au service d’un autre ») et c’est en même ce qui rend possible la vie et l’échange entre les hommes (on parle d’un secteur d’activités que l’on nomme « les  services » )

On est passé, dans la représentation du service, de la « condition de l’esclave » – celui qui lave les pieds des convives – à la « position de celui qui nous donne (rend ou vend) ses services – le technicien, le conseiller…

1-2/ Etre en service : cela nécessite de notre part un appel,  une écoute, une certaine approche

Se tenir « en service » ou « au service » consiste à regarder et à considérer l’autre que l’on sert comme « plus grand que nous »

En amont du service, il y a un appel reçu ou entendu. Il s’agit d’abord d’écouter, regarder, se laisser toucher, en son humanité, avant même de répondre et de donner

Ainsi être « en service » s’oppose à « se servir (de) », à « se faire servir », à « asservir ». Le serviteur qui assume sa fonction s’affirme comme « celui qui fait son devoir ».

1-3/ Diaconie, Annonce, Célébration : ce sont là trois dimensions d’une même mission, elles sont inséparables.

La mission de l’Eglise  doit se présenter de manière articulée et non séparée. Il faut :

– le témoignage (martouria);
– la célébration (litourgia);
– le service du frère (diaconia)

Si l’une d’elle manque et c’est l’ensemble de la mission qui n’est pas accomplie.

1-4/ Il faut penser le service comme une « expérience de la foi »

On a souvent présenté l’attention fraternelle comme une conséquence de la foi. La foi doit ainsi « produire des œuvres » et il est juste de poser un lien de continuité entre le « je crois » et le « je traduis en actes ce que m’inspire ma foi ».

Mais il est tout aussi déterminant de poser un lien entre la rencontre de l’autre et le ressourcement du croire. Ainsi,  l’autre que je découvre et qui me parle – y compris de sa souffrance – m’initie et me renouvelle dans la foi (et dans l’espérance). Il m’ouvre à la Parole.

1-5/ Pour nous aider à avancer et comprendre toute la démarche, le Père Bruno- Mari Duffé nous a présenté la figure du serviteur dans le Livre d’Isaïe:

« Les  quatre Chants du serviteur » (Isaïe 42 – 53) sont des textes de mémoire et de reconnaissance, des textes de promesse et d’espérance, des textes symboliques  dans lesquels apparaissent – en écho –

– l’appel d’un peuple (appel de l’humanité)

– l’appel d’un homme (le serviteur, l’envoyé, le disciple, le fils)

– l’appel de tout homme

Chacun est invité à méditer ces textes. Nous en retenons quelques développements :

Il y a un choix de Dieu : une relation de prédilection ; un don premier. Le serviteur est cet homme qui prend conscience d’avoir reçu un appel et une mission, inscrite en son humanité.

Il reçoit de Dieu une liberté et une inspiration. Il perçoit que sa mission dépasse le cercle de sa communauté.

Il y a une  prise de conscience du serviteur qui va de l’épuisement à la joie : Sa conscience  le place face à son humanité et en proximité avec l’humanité du frère.

Le frère révèle le serviteur à sa propre humanité  et à sa fragilité et lui rappelle sa mission qui le dépasse  et le déplace.

Ainsi, l’attention première à l’homme blessé lui fait faire l’expérience d’une commune humanité.

Le serviteur fait l’expérience d’un Dieu qui le touche et le met en route : « Il m’a donné une langue de disciple pour que je sache apporter à l’épuisé une parole de réconfort » (50, 4)

C’est une expérience physique autant que spirituelle, dans laquelle tout l’être est sollicité : « Il m’éveille chaque matin, il éveille mon oreille pour que j’écoute comme un disciple » (50,4)

Cette expérience est aussi celle de la contradiction, de la violence qui s’oppose au serviteur et à l’égard de laquelle il résiste car il sait que Dieu est proche (50, 8)

Le serviteur navigue cependant  entre confiance et contradiction, voire souffrance :

Confiance du serviteur en Dieu avec la conservation de la confiance dans les situations de contradiction. C’est un éveil  chaque matin pour recevoir la Parole et pour pouvoir la donner.

Le serviteur a un point d’appui intérieur, son  Seigneur est proche. Il doit tenir la double proximité : Dieu et l’autre (y compris quand l’autre est l’adversaire)

L’engagement du serviteur n’est pas sans effets ni conséquences. S’il va jusqu’au bout (le Christ), il peut être abandonné des hommes et abandonné en Dieu (apparemment) et il  doit vivre le paradoxe de l’abandon.

1-6/ Actualisation : les caractéristiques d’une véritable diaconie (service)

Il importe que notre service soit sincère : Il doit être vécu non comme une mise en scène mais comme une présence en laquelle nous sommes nous-mêmes

Il importe que ce service soit bien réel : Il faut  faire mais surtout vivre ce que nous disons et faisons

Il importe que ce service tende à la perfection : Il faut qu’on puisse y reconnaître Jésus en celui qui a faim et soif

Il importe que ce service soit désintéressé : Il ne faut pas attendre « d’autre reconnaissance / récompense que d’aimer comme Dieu aime »

Il importe que ce service soit fidèle : Il faut que le serviteur ne se décourage pas. La fidélité passant par des tâches humbles dans la confiance en l’Esprit qui nous fait don du lien qui est entre nous.

B/ Les conséquences pour nous : Servir Dieu, c’est lui ressembler et, en cela, devenir pleinement homme

La figure du serviteur et la pensée du service (diaconie) doivent inspirer tout ministère (celui du baptisé comme ceux de ceux qui reçoivent une charge dans la communauté : diacres, prêtres, évêques)

Le terme « ministre » veut dire « serviteur » :

– de la Parole annoncée (martouria),

– de la mémoire et de l’espérance célébrée (litourgia),

– du partage communautaire (Cf. Actes 2,4) (diaconia)

Etre des serviteurs et des amis :

Quand le Christ s’adresse à ses disciples (et, par extension aux baptisés que nous sommes), il dit : « Je ne vous appelle pas (plus) serviteurs (doulos) parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître. Je vous appelle amis (philos) parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. » (Jean 15, 14 – 15)

Il ne faut pas opposer les deux termes. Ils s’éclairent l’un l’autre : Il s’agit d’envisager que « vivre en ami », c’est se faire le serviteur de cet autre que l’on aime.

Les amis du Christ sont les serviteurs de l’homme.

Se faire le plus grand, c’est se faire serviteur (voir les prétentions des fils de Zébédé).

On devient d’autant plus serviteur (de l’autre, de Dieu) à la manière du Christ, que l’on découvre qu’il nous considère comme ses « amis ». L’ami veille pour son ami et se réjouit de ce qui contribue à son accomplissement, son élévation, son bonheur

II/ Le débat : L’exposé du Père Bruno –Marie Duffé a permis un large échange.

Retenons quelques aspects :

                – La posture du Chrétien : Etre Chrétien c’est être engagé mais avec la précaution de dire que l’évangile est plus fort et plus grand que notre projet politique.

– La question du pouvoir :

Si foi et service sont tellement imbriqués, la question est de savoir pourquoi il y a des forces de «  frottement » au sein même de l’église et dans nos communautés autour de la question du pouvoir ce qui occulte gravement le service du frère ?

Parfois, souvent, l’exercice du pouvoir se vit comme un exercice de survie. Quand il y a menace de la posture, il y a peur de l’autre. Il y a le risque que l’autre soit l’éternel étranger dont on va se méfier avec la tentation de prendre la main sur lui.

La seule façon de lutter contre cela est de créer l’espace de parole et d’écoute. Si l’espace est vide, il y a peur et la tentation du pouvoir est d’occuper l’espace, de tous les espaces en instaurant le contrôle de l’autre.

– La vie des communautés : Les communautés ne doivent pas arbitrer entre le service et la liturgie. Les deux doivent tenir ensemble. Des formes à trouver certes mais une liturgie seule ne suffit pas dans le projet communautaire.

II- Les témoignages

La deuxième partie de la journée a permis un partage avec quatre mouvements qui œuvrent sur Avignon avec :

–          les migrants (la Cimade),

–          les prisonniers, (Entraide Protestante)

–          les personnes prostituées (le Nid),

–          les chômeurs (solidarités nouvelles avec les chômeurs).

Cela a été l’occasion de retraverser l’exposé du matin du Père Bruno-Marie Duffé et de mesurer ce que voulait dire un service sincère, réel, parfait, désintéressé et fidèle ( voir point 1-6)

Chacun a exposé les motivations qui l’ont mis en mouvement. Toujours il y a eu une histoire personnelle, un appel, une lecture des rencontres et des événements, des échanges qui ont ouvert les yeux et  donné à voir.

Tout ne s’est pas fait d’un coup. Il y a eu des rebondissements et des questionnements, des difficultés. Mais toujours la richesse de l’engagement a été pointée. Les témoins ont raconté avoir reçu au centuple de ce qu’ils ont donné.

Ils ont tous exprimé combien leur  engagement les avaient  nourri  dans leur vie de foi, d’homme et de femme, de couple.« Entre épuisement et joie », comme le disait le P. Duffé le matin

Les témoins ont insisté sur le fait que les besoins d’engagement sont là, que la relève doit être assurée et que de ce point de vue il y a une difficulté de recrutement. Il y a des transmissions de savoirs à assurer, il faut du temps et «  peu d’ouvriers pour la moisson ».

III- Des pistes d’action

Des propositions ont été formulées pour redynamiser la nécessité  de s’engager au service du frère: Il a été décidé de reprendre l’idée de création d’un livret qui recense les initiatives de solidarité locales pour donner envie à  tous de mieux « croire et servir ».

IV- La prière œcuménique :

La prière œcuménique animée par Sybille Klumpp , pasteure, a été accompagnée  par des textes et des interventions du Père Georges, prêtre de l’église orthodoxe et d’Olivier Pety, prêtre catholique.

Texte du Père Georges, prêtre orthodoxe

Ecténie de demande

Pour ceux qui ont froid, qui ont faim, qui vivent dans la rue et que l’on ne voit
plus parce qu’ils sont devenus une multitude d’ombres dans la grisaille de nos
cités ; prions le Seigneur,

Pour ceux qui sont enfermés en prison ou internés dans des hôpitaux et tous ceux
qui sont privés de liberté, éloignés de l’affection des leurs et dont l’accueil est
indigne de leur condition d’homme ; prions le Seigneur,

Pour ceux qui sont malades, qui sont en situation de handicap, qui ne peuvent
vivre de manière autonome et qui de surcroit reçoivent des regards et des
ressentiments négatifs ; prions le Seigneur,

Pour ceux qui n’ont pas de travail qui se sentent inutiles et qui perdent l’estime
d’eux même parce qu’ils ont besoin d’assistance ; ceux qui croient avoir perdu
leur dignité et qui souffrent parce qu’ils ne peuvent plus subvenir aux besoins de
leurs familles ; prions le Seigneur

Pour ceux qui sont devenus dépendants de substances toxiques, de l’alcool, du
jeu, du sexe ou qui ont perdu leur libre arbitre dans des organisations, des
sectes ; pour tous ceux qui sont privés de leur discernement ; prions le Seigneur,
Pour ceux qui sont persécutés pour leurs idées, pour leur foi, pour leur
particularités et qui pour ces raisons sont stigmatisés, mis au banc de la société,
victimes de violences ; prions le Seigneur,
Pour ceux qui sont dans la solitude, isolés, les personnes âgées, tous ceux qui
n’existent plus dans le regard des autres parce qu’ils n’ont plus de place, parce
qu’ils ne sont plus rentables ; prions le Seigneur
Pour ceux qui sont prisonniers de leurs passions, qui ne vivent que pour la
recherche des possessions terrestres, de leur paraître, de la gloire de leur statut
social, pour tous ceux qui ne pensent qu’à eux même ; prions le Seigneur,
Pour ceux qui sont séparés, qui recherchent l’affection et qui sont dans
l’incompréhension de leur situation, qui vivent un sentiment d’injustice ; prions le
Seigneur

Pour tous eux qui sont harcelés par leur hiérarchie, moqués, déstabilisés par ceux
qui exercent un pouvoir égoïste, dominateur ou irrespectueux ; prions le Seigneur

Pour ceux qui sont persécutés à cause de leurs différences ou de leurs choix, de
leurs orientations, sexuelle ou personnelle, de leurs particularités individuelles
ou de groupe ; prions le Seigneur,

Pour ceux pour qui personne ne prie parce que nous ne les connaissons pas ou parce que nous les avons oubliés ou parce qu’ils nous ont fait du mal et que nous n’arrivons pas à leur pardonner ; prions le Seigneur,

Car à Toi appartiennent le Règne, la Puissance et la Gloire, maintenant et toujours et dans les Siècles des siècles ; Amen

Répond : Accorde nous Seigneur, de les voir et de leur ouvrir notre cœur, de leur tendre nos mains, avec la même affection, la même tendresse, la même compassion que celle que Tu témoignes à tous les hommes ; merci pour Ton Amour.

Texte d’Olivier Pety, prêtre catholique

 

Pour la célébration « Regards chrétiens sur le service du frère »

La louange

Dans l’esprit de louange d’Anne (1S 2), qui chante le Dieu qui lui a donné un fils au bout de sa stérilité

et dont la force renverse toutes choses et toutes situations. Dans la joie d’Anne, qui sera celle de Marie dans son Magnificat :

« L’arc des forts sera brisé et le faible se revêt de vigueur; les plus comblés s’embauchent pour du pain et les affamés se reposent… De la poussière il relève le faible, il retire le pauvre de la cendre pour qu’il siège parmi les

princes et reçoive un trône de gloire… » Nous ensemble, rendons gloire à ce Dieu, nôtre et qui en Jésus,

se fait proche de nos frères. Rendons gloire à Jésus, parce que…

…Cet homme

a éveillé les siens à des lumières que tout le monde pensait disparues

à jamais.

Cet homme

a aimé et il s’est brisé

et dans ses déchirures

Dieu offrait sa tendresse.

Cet homme

s’est livré à la puissance de la mort

et par lui et avec lui et en lui

Dieu a sorti la vie du tombeau

mettant fin pour toujours aux douleurs issues des ténèbres.

Cet homme, Jésus de Nazareth,

mon frère, mon Seigneur et mon Dieu…

Toi

tu libères les vivants de la peur

du Dieu de Toute-Puissance

et, en eux, tu plantes l’amour

du Dieu de Toute-Tendresse.

Tu éclaires le chemin de Dieu !

Tu annonces la première place

pour celui de la dernière heure

et celui qui traîne en bout de table

où l’on ne ramasse

que les miettes du festin.

Tu éclaires le chemin de la dignité !

 

 

Tu exiges le droit

pour celui qui est couvert de croûtes

et celui qui ne possède rien

que le malheur d’exister

à l’écart des siens

dans le rejet et l’oubli.

Tu éclaires le chemin de la justice 1

Tu proclames la joie à jamais

pour celui qui se donne

sans rien garder pour soi

et pour celui qui perd sa vie

en donnant tout son amour

sans rien y gagner.

Tu éclaires le chemin du bonheur !

Toi, notre Seigneur et notre Dieu

viens nous conduire sur les chemins que tu éclaires,

toi notre berger de lumière !

(Charles Singer, Saisons, Desclée, 1989, p. 222)

Petit commentaire sur l’Evangile du Bon Samaritain (Luc 10,25ss)

Ce bon samaritain est un très célèbre inconnu. Il est sans nom. Il ne laisse derrière lui que quelques pièces d’argent. Comme Judas. Mais lui, c’est pour les soins Je i’Auti e, du biessé. li n’a rien qui pourrait faire parier de lui, aujourd’hui, dans nos journaux et nos bulletins d’informations (radio ou TVj.Et il n’est pas le seul. Le blessé est aussi sans nom : un « homme » ! Et l’aubergiste. Et le prêtre. Et le lévite. Tous sont des inconnus sans nom. Tous ne sont repérés que par leur appartenance sociale, leur métier.

Peut-être pour nous rappeler qu’au regard du christianisme ce qui nous met en marche vers le frère ce ne sont pas nos appartenances mais notre identification à la blessure de l’autre Ce qui blesse sa vie blesse aussi la nôtre. Ce n’est pas pour rien que les premiers chrétiens s’appelaient entre eux « frères » : cela les exonérait de toute revendication de statut social. Ils nous rappellent que le prochain est celui qui sait se rendre proche de l’autre. Je n’ai pas de prochain : je me fais le prochain de quelqu’un, expliquait Paul Ricoeur. Et cela nous est conversion.

Et vous avez pu entendre aussi le silence de tous ces protagonistes. C’est peut-être qu’il ne s’agit pas ici de nous apitoyer sur le sort du blessé. L’homme à terre ne gémit ni ne demande rien. Il ne s’agit pas de nous dire le droit : l’aubergiste n’a même pas le réflexe de réclamer son dû. Il ne s’agit pas de manifester la part de proximité des religieux avec le Dieu dont qu’ils sont chargés de rendre visible à tous : le prêtre comme le lévite se contentent de passer leur chemin dans le silence révérencieux dû au règlement.

Ce silence est peut-être là pour nous rappeler que cet anonymat et ce silence au service du frère sont le lieu même de Dieu le lieu de la manifestation de sa miséricorde, de son amour. Pour éviter à quiconque de vouloir récupérer pour lui seul le bénéfice du geste. De laisser Dieu prendre toute sa place. Pour nous rappeler l’essentiel : au-delà des mots, ce Samaritain est le geste même de Dieu du Dieu qui nous invite à prendre notre part de ce service de l’autre. Il nous rappelle en acte que « la proximité de Dieu n’est plus au Temple mais dans le visage de l’autre » (Jean Debruynne). Et cela aussi nous est conversion.

Seul le Samaritain ose une parole. Ni compassion affichée : plutôt l’efficacité d’une présence pour calmer et désinfecter (huile et vin). Ni enquête sociale : tu es là, comme moi je suis là, et cela suffit à nous qualifier. Ni revendication de proximité : elle n’est pas à elle seule l’assurance de sa réalité et peut vite tourner à

l’exhibitionnisme. Et puis ce prêtre et ce lévite qui voient et qui passent à côté de ce qu’ils voient devraient nous rendre plus vigilants (même si leurs défenseurs jugent que c’est leur fidélité aux règlements du Temple qui leur ferme le passage de l’amour du frère). Ni revendication d’appartenance religieuse : ce Samaritain, est l’ennemi des Juifs (en cela il est leur lointain, leur impossible prochain). Non qu’il soit lui-même coupable mais il porte sur lui l’héritage des conflits d’autrefois et d’une religion déviante qui a pris racine dans une farouche opposition politique. Improbable prochain de mon fait, comme beaucoup d’autres aujourd’hui. Seul le Samaritain ose une parole : « Prends soin de lui… Je te rembourserai ce que tu auras dépensé en plus ! » II n’est pas du bon côté, mais il est le seul à avoir compris les implications du code de l’alliance puisqu’il prend la place de l’agresseur qui, selon le livre de l’exode, devait payer son chômage à l’agressé et le faire soigner jusqu’à sa guérison (Exode 21,19). Lui a compris que la miséricorde est première et qu’elle passe tout règlement et toute déviance. Ce Samaritain devient l’homme et cet homme est, pour nous, une fabuleuse anticipation christique ! Et cela encore nous est conversion. Celle-là même à laquelle nous invitait un concile, il y a tout juste cinquante ans.

OP-15.12.2012

Si tu dénoues les liens de servitude, si tu libères ton frère enchaîné, La nuit de ton chemin sera lumière de midi (bis). Alors de tes mains pourra naître une source, la source qui fait vivre la terre de demain. La source qui fait vivre la terre de Dieu.

Si tu partages le pain que Dieu te donne, avec celui qui est ta propre chair.

La nuit de ton amour sera lumière de midi (bis).

Alors, de ton cœur, pourra sourdre une eau vive,

l’eaM vive qui fait abreuve la terre de demain

L’eau vive qui abreuve la terre de Dieu.

 

Si tu détruis ce qui opprime l’homme, si tu relèves ton frère humilié. La nuit de ton combat sera lumière de midi (bis). Alors, de ton pas, pourra naître une danse, la danse qui invente la terre de demain La danse qui invente la terre de Dieu.

Si tu abats les murs entre les hommes, si tu pardonnes à ton frère ennemi.

La nuit de ta passion sera lumière de midi (bis).

Alors de ton pain pourra vivre un Église,

l’Église qui rassemble la terre de demain

L’Église qui rassemble la terre de Dieu.

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