La situation au sein du diocèse D’Avignon

Communiqué du  mouvement « Chrétiens en Vaucluse » sur la situation au sein du diocèse D’Avignon.

Le mouvement « Chrétiens en  Vaucluse »  très préoccupé depuis des années de l’état dans lequel se trouve le diocèse d’Avignon a attiré, à plusieurs reprises,  l’attention des plus hautes autorités de l’Eglise de France qui, au final, ont  demandé de patienter jusqu’au changement d’Archevêque (voir le dossier complet dans les colonnes du site de CEV sur l’année 2015).

La situation ne s’améliorant pas, bien au contraire, CEV a de nouveau interpellé l’Archevêque, Jean –Pierre CATTENOZ  dans une lettre du 27 juin 2018 (avec 63 signatures) dont on trouve un large extrait joint à  ce présent message (voir lettre du 27 juin 2018).

L’archevêque d’Avignon a répondu par lettre du 16 juillet 2018, reçue le 18 juillet dont copie dans la suite du communiqué de ce jour. Monseigneur Cattenoz n’y répond pas aux questions évoquées et nous laissons chacun juge de la qualité de cette réponse assez déconcertante (voir lettre du 16 juillet 2018).

Dans le même temps nous avons pris connaissance de l’Homélie prononcée par Monseigneur CATTENOZ lors de la « messe du Festival »  en la métropole des Doms (Cathédrale d’Avignon)  le dimanche 15 juillet 2018. La messe était diffusée en direct sur France Culture. Cette homélie a profondément heurté car  l’Archevêque a manifestement utilisé cette tribune du direct sur les antennes de radio France pour exprimer sa pensée sur des sujets de société qui ont été présentés de façon polémique. La direction de France Culture a immédiatement réagi par un communiqué et a saisi la conférence des Evêques de France (voir le texte de l’homélie et la réaction de France Culture).

Dés lors,  le mouvement « Chrétiens en Vaucluse » vient de saisir officiellement  Monseigneur Ventura  Nonce Apostolique et Monseigneur Georges Pontier, président de la Conférence de Evêques de France sur tous ces faits en joignant à leur lettre les copies des différents éléments évoqués ici.

Pièces jointes ci-dessous :

1/ Lettre de CEV à Monseigneur Cattenoz en date du 27 juin 2018

2/ Réponse de Monseigneur Cattenoz

3/ Texte de l’homélie de Monseigneur Cattenoz du 15 juillet 2018 .Ce  texte est aussi à ce jour diffusé sur le site du diocèse d’AVIGNON https://www.diocese-avignon.fr. La messe peut être ré-écoutée en  podcast sur https://www.franceculture.fr/theme/podcast

4/ Texte du communiqué du médiateur et de la directrice de France culture

 

  • Document 1 : Lettre de CEV à Monseigneur Cattenoz en date du 27 juin 2018
 

Monseigneur Jean-Pierre Cattenoz

Archevêque de l’Eglise d’Avignon

31, rue Paul Manivet

84005 Avignon cedex

 

Avignon le 27 juin  2018

Objet : 15 ans de gouvernance, quel bilan ?

Monseigneur,

En Août 2015, nous vous avions envoyé une lettre pour vous informer personnellement des démarches que nous avions entreprises auprès des plus hautes autorités de l’Eglise Catholique pour faire connaître la réalité de notre diocèse depuis que vous en êtes l’Archevêque.

Dans un dossier très documenté nous avions décrit comment le diocèse était  en manque d’une pastorale mobilisatrice et fédératrice à la hauteur des enjeux qu’il connaît.

Nous avons ensuite été reçus par Monseigneur Luigi Ventura, par Monseigneur Georges Pontier et par le Cardinal André Vingt Trois.

Après une écoute et des échanges très approfondis, le Cardinal Vingt Trois nous avait écrit après en avoir référé à Rome nous demandant la patience en nous assurant que la situation s’améliorerait.

Malheureusement à ce jour, et tous les jours davantage, nous constatons que la situation ne s’est pas améliorée voire s’est dégradée.

Quinze ans après votre arrivée, des fidèles s’inquiètent de procédés de gouvernance qui suscitent toujours questions, critiques et de véritables souffrances.

Le mouvement « Chrétiens en Vaucluse » qui s’est fait le relais, dans les années passées,  de ces inquiétudes est conduit à soulever aujourd’hui des questions sur les procédés qui continuent à nous interpeller :

– La gestion des personnes engagées au service de la communauté : des prêtres sont souvent déplacés, voire renvoyés, sans ménagements ni souci de leur situation personnelle ; lorsqu’ils viennent de l’étranger, aucune réelle préparation ni suivi ne permettent de savoir comment se réalise leur insertion, ni comment les fidèles vivent la collaboration avec eux.

Des communautés venues de l’étranger bénéficient d’un soutien que leur service ne justifie pas toujours. Des laïcs sont maltraités alors que certains mettaient depuis des années leurs compétences au service de tous : organiste, équipes de gestion des paroisses, responsables des pèlerinages, sont récusés brutalement et parfois renvoyés, comme l’ont été dans le passé des laïcs chargés de mission à l’hôpital.

– Les finances du diocèse : la recherche de finances à tout  prix vous a conduit récemment (cf. votre décret du 5 février 2018) à augmenter (jusqu’à 50% pour certains) les casuels du baptême, du mariage et des obsèques. Le pourcentage du produit des quêtes laissées aux paroisses a fortement diminué (à 70%). Le produit de la quête impérée au bénéfice de l’Action catholique n’est pas redistribué aux mouvements qui en ont besoin.

 Des pressions s’exercent même sur des personnes ou des communautés disposant de biens qui seraient susceptibles d’enrichir le diocèse.

Le patrimoine immobilier aujourd’hui considérable est – pour une partie importante – simplement gelé sans utilisation, en attente peut-être d’être revendu. Le sort de l’ancienne église St Jean à Avignon, laissée à l’abandon depuis près de dix ans (alors qu’il aurait été aisé d’en faire au moins un appartement habitable), est particulièrement choquant ; des presbytères restent vides.

Nous sommes nombreux à nous demander dans ces conditions à quoi sert d’accumuler des biens sans utilité pour le service des frères.

La fuite devant la contribution au Denier de L’Eglise est devenue une option pour certains fidèles, convaincus que le diocèse accumule des finances pour une autre destination que pastorale. Le projet annoncé de bâtir un coûteux séminaire pour le Néo-Catéchuménat à Sorgues avec un budget vertigineux, confirme le sentiment que les finances du diocèse ne sont pas orientées d’abord dans l’intérêt de la communauté vivant aujourd’hui en Vaucluse (cf. les articles parus sur le Bloc Notes d’avril et de mai 2018).

La communication sur le Denier de l’Eglise nous semble particulièrement problématique. Vous omettez d’indiquer que les prêtres retraités ne sont plus à la charge du diocèse (Caisse de retraite). Vous mettez en compétition les paroisses dans un tableau comparatif du plus mauvais effet. Bref vous créez de larges ambiguïtés sur les finances qui n’incitent pas à la confiance.

-Le souci des pauvres est toujours aussi négligé : les associations ne sont pas soutenues (Equipes St Vincent par exemple). L’accueil des migrants est resté complètement théorique (une seule phrase, reprise du Pape François, sur la responsabilité des paroisses, sans aucun suivi pratique). Le Conseil de la Solidarité a été cassé dès les premières années, il n’a pas repris d’existence.  Des demandes de mise à disposition temporaire de locaux vides pour accueillir des migrants ne reçoivent aucune réponse.

– L’accueil des personnes dans l’Eglise : de partout nous viennent dans le diocèse des informations d’exclusion de personnes en recherche ou en demande de sacrement. Vous même le soir de l’appel décisif d’une catéchumène pourtant accompagnée par 2 prêtres particulièrement  aguerris, vous avez appliqué brutalement  une règle de droit à l’ opposé de la bienveillance et du discernement demandés avec insistance par le pape François dans sa lettre « Amoris Laetitia ».

Sur ce thème, nous remontent toutes les difficultés vécues par les communautés de l’Est du Vaucluse en raison d’un comportement très inquiétant d’un prêtre que vous avez nommé et à qui vous donnez davantage de responsabilités dans votre décision relative aux nominations de 2018 et 2019.

– Le diocèse continue à connaître une panne totale d’initiatives dans le domaine de l’œcuménisme et du dialogue interreligieux. Nous constatons l’indifférence que vous opposez aux initiatives prises par les hommes et femmes de bonne volonté qui veulent que ces terrains ne soient pas abandonnés.

Avant d’aller plus loin, nous nous devions de vous exprimer notre état d’esprit et notre détermination à ne pas encore se laisser  se dégrader notre diocèse durant les deux années qu’il vous reste à être parmi nous. Nous espérons recevoir votre réponse ; nous souhaitons qu’au-delà d’une possible première réaction d’hostilité à notre égard, vous puissiez entrevoir l’avenir en ne recherchant que le bien du Diocèse qui vous a accueilli pendant 15 ans et en prenant les mesures adaptées.

Veuillez croire, Monseigneur, en notre dévouement plein et entier à l’Eglise d’Avignon.

(Suivent dans le texte original 63 signatures de personnes membres ou sympathisants de CEV non diffusées ici par protection des données individuelles)

 

  • Document 3 : En direct sur France culture- Messe du Festival : Homélie de Mgr CATTENOZ du 15 juillet 2018

Aujourd’hui, le Seigneur nous envoie en mission. Le programme est simple : ne rien prendre pour la route, sinon un Évangile à la main et dans le cœur la présence rayonnante du Ressuscité. Deux impé-ratifs doivent nous guider, ils furent prononcés par Jésus lui-même au commencement de sa mission : “Convertissez-vous et croyez à l’Évangile !”

Le festival d’Avignon bat son plein, un lieu merveilleux où l’humanité s’interroge librement à tra-vers le théâtre sur ce qu’elle vit et ce qu’elle est, véritable brouillon de culture. Le festival est un lieu merveilleux pour répondre à l’appel de Jésus à évangéliser.

Cette année, devant le thème du festival, le genre, je lance un appel à la conversion et à la dé-couverte du message de l’Évangile que la lettre de Paul nous a présenté de manière merveilleuse.

Je n’ai jamais rencontré de L, de G, de B, de T, et paraît-il, maintenant de Q ; je ne connais et ne vois que des personnes humaines avec toute la richesse de leur féminité et de leur masculinité inscrite dans leur chair et jusque dans leur être le plus profond. Je continue de m’émerveiller devant la complé-mentarité de l’homme et de la femme. Au nom même de celle-ci, je m’émerveille encore, devant l’amour qui jaillit entre eux et débouche sur le don de la vie. Le mariage pour tous peut bien exister, ce ne sera jamais qu’une amitié, aussi belle soit-elle.

Comme le prophète Amos, je voudrais dénoncer une société aux comportements incohérents et qui n’a pas compris quel merveilleux projet de vie Dieu lui proposait.

Il n’y a rien de nouveau sous le soleil dans notre société ! Elle se vautre dans un pseudo bien-être matériel, usant des trois quarts des richesses de la planète, sans comprendre pourquoi les vagues migratoires des plus pauvres des pauvres se succèdent à nos portes. Que la mer méditerranée devienne un immense cimetière ne semble pas gêner grand monde !

Cependant, devant ses incohérences, notre société n’est pas à court d’idées : l’avortement, le suicide assisté, la PMA, la GPA, l’eugénisme tout devient possible au nom d’un principe devenu premier depuis les années 68 : « il est interdit d’interdire, on a bien le droit, on a tous les droits, mon plaisir est mon droit. »

Depuis des années, le processus est bien rodé : changer le vocabulaire, dépénaliser la réalité et en faire un droit. Dans quelques années, nous aboutirons à un sommet : « Homodeus ! » où l’algorithme sera roi. Heureusement, comme autrefois, le colosse a des pieds d’argile !

Au risque de choquer, je voudrais simplement rappeler les paroles de Jean-Paul II : « L’avortement est le crime le plus abominable qui soit, car la victime n’a même pas la possibilité de crier sa souffrance » (EV 50). Je voudrais citer Mère Teresa : « l’avortement est une réalité abominable, car une mère tue son propre enfant ». Je vous avoue que j’ai pleuré en voyant conduire au Panthéon de la République le corps de celle qui a permis la légalisation de l’avortement. Je voudrais enfin citer le Pape François qui récemment a eu le courage de dire haut et fort ceci : « J’ai entendu dire que c’est la mode – ou du moins, c’est une habitude – de faire certains examens pendant les premiers mois de la grossesse, afin de voir si le bébé va mal, ou s’il y a un problème. Dans ce cas, la première proposition est :“On l’élimine ?” L’homicide des enfants. Et pour avoir une vie tranquille, on élimine un innocent. […] Au siècle dernier, tout le monde était scandalisé par ce que faisaient les nazis pour entretenir la pureté de la race. Aujourd’hui, nous faisons la même chose, mais avec des gants blancs » (2018 08 18).

Face à cette anthropologie enfermée dans une impasse, Paul nous présente le projet de Dieu le Père sur nous : devenir dans le Christ ses enfants bien-aimés, partager sa propre vie divine au souffle de l’Amour de l’Esprit Saint, et cela dès maintenant et pour toujours.

Jésus nous invite à témoigner de ce merveilleux projet divin au cœur de notre société d’aujourd’hui, aussi nous voulons au cœur du festival porter témoignage de Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie. Jean Vilar l’avait compris, lui qui a toujours demandé que le programme de la présence chrétienne au festival soit noté dans le programme lui-même.

Il y a quelques jours, je demandais à des personnes atteintes de handicaps : « Quelle est la der-nière merveille de Dieu dont vous avez été témoins ? » Claire, une jeune femme polyhandicapée m’a dit : “moi je m’émerveille de savoir que je vis et que je vivrai pour toujours en Jésus !” Et Madona, une femme atteinte de trisomie 21, a ajouté avec ses mots à elle : “Moi, quand je vois le prêtre qui lève l’hostie à la messe, je vois papa, maman, et tous les saints du ciel !” Quelle leçon d’humanité !

Oui, toi mon frère, même si tu n’acceptes pas ce témoignage de Claire et de Madona, même si tu ne partages pas ce merveilleux projet divin, tu restes mon frère et nous pourrons vivre ensemble une véritable fraternité, car c’est l’Amour seul qui compte. AMEN

  • Document 4 : Réactions de la direction Générale de France culture à l’homélie de l’Archevêque d’Avignon le 18 juillet 2018 diffusée en direct sur l’antenne de France culture.

Réponse du médiateur : « Nous comprenons tout-à-fait votre colère que nous partageons. Nous avons été en quelque sorte piégés par le fait que la messe se déroule en direct. Mais il est évident que nous ne pouvons cautionner les propos qui ont été tenus par l’Archevêque d’Avignon.

 Réponse de Sandrine Treiner, la directrice de France Culture:

« Bonjour,

Je vous remercie de votre vigilance à notre écoute. Nous avons la même vigilance, et sommes comme vous extrêmement attachés aux valeurs du service public, valeurs d’ouverture, de respect et de tolérance. Nous avons comme vous réagi aux propos fort déplacés qui ont été tenus sur notre antenne.

Le Cahier des missions et des charges de Radio France prévoit la diffusion de programmes religieux produits par les représentants des principaux cultes. Ces programmes sont diffusés le dimanche matin sur l’antenne de France Culture.

France Culture respecte à la lettre les obligations de service public qui incombent à Radio France, mais ces obligations ne sauraient être une tribune : une tribune pour lancer des appels, juger des choix artistiques du festival d’Avignon, prononcer des avis personnels et violents contre le droit à l’avortement, tenir des propos très inadéquats sur la panthéonisation de Simone Veil, sans compter des allusions inacceptables à des comparaisons historiques hasardeuses.  

C’est la première fois, à ma connaissance, qu’une pareille situation se présente et est imposée, en direct, sur notre antenne. Je me suis ouverte de la teneur de l’homélie prononcée par l’Archevêque d’Avignon au producteur de la messe, le frère Jérôme Rousse-Lacordaire qui s’est montré très attentif à mon appel. Je l’ai informé de notre réaction à France Culture, comme de celles de personnes présentes dans la cathédrale d’Avignon dimanche et des nombreux messages d’auditeurs choqués que nous recevons depuis dimanche.

J’envoie un courrier à la Conférence des Évêques de France.

Sandrine Treiner

Directrice de France Culture »

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2 réponses à La situation au sein du diocèse D’Avignon

  1. SR dit :

    Encore une fois l’évêque crée des polémiques et utilise ici des termes racistes concernant Simone Weil. Comment ose-t-il mettre dans la même réflexion cette femme remarquable victime de la Shoah et les crimes nazis qu’il compare à la libération des femmes et la légalisation de l’avortement? Comment insulter aussi les LGBT?

    Qu’attend-on pour le mettre en retraite? Il nous déshonore, nous Catholiques du diocèse. Il déshonore l’Eglise toute entière. J’ai honte pour elle.

  2. pe dit :

    Qui déshonore ?
    Au moins, Mgr Cattenoz a su dénoncer le drame de l’avortement de masse. Ils ne sont malheureusement pas nombreux, ceux qui se soucient publiquement de toutes les jeunes femmes contraintes d’avorter à cause de la pauvreté, et de l’abandon par les géniteurs irresponsables et les petits-grands-parents.
    Et il ne faut pas confondre Simone Weil et Simone Veil.

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