Réponse du Père Villette au texte concernant l’attitude de notre évêque envers son clergé, les relations avec l’Islam et le recrutement massif de prêtres à l’étranger

En réaction au texte concernant l’attitude de notre évêque envers son clergé, les relations avec l’Islam et le recrutement massif de prêtres à l’étranger qui avait été envoyé à Mgr Cattenoz au début d’octobre et qui a été publié sur notre blog, nous avons reçu une réponse sous la forme d’une lettre signée du vicaire général, le Père Villette, adressée à R.Moulinas mais visiblement destinée à tous ceux qui avaient rédigé et approuvé ce texte.

Il nous parait utile de publier cette lettre du père Villette pour que chacun puisse se faire une opinion et éventuellement la faire connaitre car nous ne sommes ni satisfaits ni convaincus par les arguments qui y sont développés et nous n’y trouvons pas les vraies réponses à nos interrogations.”
L’équipe CEV


Père Pierre Joseph Villette Vicaire général
Archevêché d’Avignon

le 6 octobre 2012

À Monsieur René Moulinas

Monsieur,

Nous avons bien reçu votre lettre du 4 octobre et les trois pages qui l’accompagnent. C’est une bonne chose de nous l’envoyer avant de la mettre sur votre blog, car cela nous permettra de vous signaler les d’erreurs et les imprécisions qu’elle contient.

Gestion des prêtres.

Passons sur le mot “gestion”… peu élégant pour ce genre de travail…

Il semble que vous n’avez pas saisi comment marche un diocèse et comment le ministère est vécu dans notre Eglise. Un prêtre prend sa retraite à 75 ans, c’est-à-dire qu’il renonce à sa charge et se met à la disposition de l’Eglise diocésaine pour un ministère plus léger. Cela est réfléchi avec lui selon son histoire, son état de santé etc… Très peu de prêtres “arrêtent tout” à 75 ans. Mais ils ont le droit de lever un peu le pied s’ils le souhaitent. A nous de leur faciliter la tâche pour cela !

Vous sous-entendez que l’évêque en a profité pour les éloigner… Il serait bon que vous ayez le courage de donner les noms des personnes dont il s’agit…

Quant aux prêtres “partis du diocèse” vous ignorez complètement les raisons de cela; vous seriez sans doute surpris de les connaître!

En ce qui concerne les 4 diacres, vous vous adressez en ma personne au responsable du diaconat permanent depuis des années dans le diocèse; excusez-moi, mais vous parlez de ce que vous ne connaissez pas. Toujours sans citer de nom… Vous craignez quoi exactement?

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Vos suggestions sur la question des prêtres étrangers sont aussi assez maladroites. Dans le journal La Croix, un évêque africain, de Tanzanie je crois, a demandé à ce que les diocèses européens ne prennent pas les meilleurs de leurs prêtres. Je le comprends tout à fait.

Mais vous ignorez vraiment la situation de nombreux diocèses africains! Un très grand nombre de diocèses sont dans la faillite et les évêques ne peuvent plus payer leurs prêtres. Certains se mettent au travail sur place, s’ils en trouvent, d’autres demandent à émigrer, au moins pour quelques années car tout le monde sait qu’en Afrique un prêtre doit aussi prendre soin de toute la famille qui est derrière.

Les prêtres étrangers qui viennent chez nous le font sous le régime “fidei donum”, donc dans un acte missionnaire et non pour fuir leur pays. C’est le fruit d’un accord avec leur évêque. Qu’y-a-t-il de mal en cela?

 

Vous ne devez pourtant pas ignorer que la France du premier millénaire a été évangélisée par des gens venus d’ailleurs; sinon nous ne serions pas chrétiens aujourd’hui. Le monde entier, en fait, a été évangélisé par des étrangers venus d’ailleurs. Pourquoi en serait-il autrement aujourd’hui dans le cadre de la nouvelle évangélisation? C’est vrai que c’est peut-être humiliant d’avoir besoin des autres… mais c’est foncièrement évangélique.

Vous dites que certains prêtres ont été “condamnés” à une retraite définitive. Excusez-moi mais ce n’est pas vrai. Ou bien apportez des preuves. Etes-vous présent au dialogue entre l’évêque et un de ses prêtres lors de décisions aussi importante qu’une nomination?

Je peux vous assurer que l’apostolat de prêtres comme ceux qui sont à Béthanie est sans doute une des plus grandes sources de grâce pour le diocèse aujourd’hui. Mais il faut y croire…

En ce qui concerne les relations avec le monde musulman…

La discussion pourrait être longue… Le nœud de votre question est l’évangélisation des musulmans… développée par le Père Shamir (jésuite égyptien) et… déjà par Paul VI dans Evangelium nutiandi et repris par Jean Paul II et Benoit XVI. Mais votre question est importante car elle permet de mettre en lumière une erreur: selon la foi catholique, tout homme a s droit de connaitre l’Evangile de manière explicite. Déjà st Paul le disait ouvertement: “Malheur à moi si je n’annonce pas l’Evangile”. Il n’y a aucun manquement de respect à annoncer l’Evangile à quelqu’un, puisque nous sommes envoyés par le Seigneur pour aller ainsi “jusqu’aux extrémités de la terre.” Que cela doive-t-être fait avec intelligence et amour c’est évident. Mais pourquoi se taire et ne pas partager la Bonne Nouvelle que nous avons reçue.

De fait, qu’on le veuille ou non, c’est l’Eglise, en tant que Corps du Christ, qui est la voie de salut. Certes, les “frontières” de l’Eglise Corps du Christ ne sont pas forcément visibles: st Augustin déjà disait qu’il y a des chrétiens qui sont hors de l’Eglise et des non chrétiens qui y sont de par leur vie. Mais si vous connaissiez quelques chrétiens “venus de l’Islam” vous verriez vraiment ce qu’est la grâce d’avoir reçu la Bonne Nouvelle du salut. Et si vous connaissiez des chrétiens de Turquie, deSyrie, d’Irak ou d’Iran vous comprendriez que votre discours est bien peu réaliste et peu incarné.

Il ne s’agit pas, contrairement à ce que dit Ch Salenson “d’amener de nouveaux adeptes”… cela c’est pour une secte! Mais pas pour l’Eglise dans laquelle on révèle à des hommes qu’ils sont fils de Dieu, ce que jamais l’Islam ne dira. Mais croit-on encore que par le baptême nous devenons réellement enfants de Dieu?

En ce qui concerne les choix pastoraux

La phrase “on a inauguré des pierres” montre une grande ignorance de la foi catholique et de l’Eglise.

Mais c’est vrai qu’il y a des choix pastoraux; les milliers de personnes qui ont vécu le “jubilé” des 900 ans de la Métropole n’ont pas fait une visite touristique mais un pèlerinage de foi et de conversion. Pourquoi ne pas respecter cela?

La démarche de Diaconia 2013 est vécue humblement, c’est vrai, car il n’est pas possible de tout faire. Mais ceux qui la vivent sur le terrain, je pense notamment au Secours Catholique, la vivent au quotidien sans forcément faire de grand tapage, rassemblements, etc… Ce qui est sûr c’est que le service de la Charité dans notre diocèse est sérieusement vécu par les fidèles et cela depuis des années,! on n’a pas attendu Diaconia pour cela) que ce soit au plan diocésain ou au plan local dans les paroisses.

En ce qui concerne votre phrase sur la prière et les vertus “privées” je vous en laisse la responsabilité. A se demander si vous avez compris ce qu’est la prière chrétienne. C’est dans la prière et sur la Croix, donc immobile et inactif, que Jésus sauve le monde… Et nous le revivons à chaque eucharistie. Peut-on mépriser la démarche spirituelle de la prière sous prétexte qu’elle ne serait pas d’une efficacité visible?

Les suggestions concernant cette partie sont bien tristes: elles conduisent sur un travail “à coté”, sans lien avec l’Eglise diocésaine et donc l’Eglise universelle. Vous connaissez l’image de l’évangile de Jean, chapitre 15 quant aux sarments coupés du cep de vigne… Comment un tel sarment peut-il vivre “un devoir de créations et d’initiatives” dans une telle situation?

Sous forme de conclusion…

En tant que baptisés, vous avez pleinement votre place dans l’Eglise, puisque le Christ est mort pour vous. Et ce ne sont pas des mots, c’est du réel.

Gardez cette place de laïcs: ils sont dans le monde pour témoigner de l’Evangile comme l’a si souvent dit Vatican II.

Il serait sans doute plus simple pour vous et plus heureux de vivre simplement votre lien avec le Christ et tous les hommes ses frères, dans l’Eglise d’Avignon telle qu’elle est, avec ses beautés et ses imperfections, à laquelle vous vous dites attaché, sans chercher à transformer les autres selon vos critères à vous qui sont jusqu’à ce jour,, il faut bien le reconnaître, peu constructifs.

Soyez assuré, Monsieur, de notre prière pour vous et ceux qui partagent votre démarche.

Signé : Pierre Joseph Villette

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