Réponse d’Olivier Pety à Mr et Mme Lauriot-Prévost

Olivier Pety,
Mas de Carles – Route de Pujaut
30400 VILLENEUVE LES AVIGNON

Réponse à Mr et Mme Lauriot-Prévost

J’ai longtemps hésité à vous faire réponse de votre article du 13 janvier dernier publié dans « Libertépolitique.com ». Parce que le lieu même de la publication me paraît inapproprié : vous ne sauriez mieux dire que votre prise de parole ne relève guère du religieux et beaucoup plus du politique. Je reconnais volontiers que c’est votre liberté de faire ainsi. C’est la mienne de ne pas m’y retrouver nécessairement. Et puis je me suis toujours demandé s’il était bien nécessaire de chercher à labourer le ciment de ces idéologies recuites qu’on veut nous présenter, que vous cherchez à nous présenter comme une obéissance à l’Esprit. En l’espèce, je crois qu’il ne s’agit que d’une usurpation pour valoriser vos choix et la place que vous occupez aujourd’hui dans la « dynamique » de l’Eglise d’Avignon. C’est votre liberté. Et c’est la mienne de ne pas vouloir me laisser enfermer dans ce genre de faux-semblant.

Ceci dit, le ton de votre premier article m’avait déjà sérieusement interrogé. Celui de votre « rectificatif » m’a choqué. D’où venez-vous et qui êtes-vous donc pour afficher un mépris aussi tranquille de celles et de ceux qui ne pensent pas comme vous ? Vous ne me connaissez pas. Je ne vous connais pas. Et vos propos viennent m’insulter gratuitement à domicile. Vous réclamez pour vous attention et respect, mais vous ne semblez guère prêts à les rendre en retour à qui pense autrement que vous, à ces porteurs de « poncifs éculés des progressistes radicaux », « génération vieillissante » « menée par des leaders qui affolent leurs ouailles », « derniers des mohicans » ruminant « des arguments rongés jusqu’à la corne » ( ? ), dont « l’illogisme comportemental » révèlerait une « immaturité spirituelle et ecclésiale » accoucheuse d’un « repli pavlovien et frileux sur l’entre-soi vauclusien ». Bravo et excusez du peu!

Puis-je modestement signaler à votre attention que vos arguments contraires me semblent se satisfaire de quelques à peu près, sinon dignes des années trente (je ne voudrais pas à mon tour insulter le passé) du moins en retrait par rapport aux orientations du concile Vatican II ?

Vous commencez par parler du « diocèse de Mgr Cattenoz ». Pardonnez-moi : mais vous vous prenez un peu vite les pieds dans le tapis, si je puis dire, en tout cas vos désirs pour une réalité. Ne savez-vous pas, comme tout un chacun, qu’aucun diocèse, qu’aucune Eglise n’appartient à celui qui en occupe le siège, fut-il archiépiscopal ou romain. Je n’ai jamais entendu parler de l’Eglise d’Augustin, mais de l’Eglise d’Hippone présidée par Augustin, et avant lui par Valère et après lui par Héraclius. Jamais cette Eglise, ni aucune autre, ne s’est nommée du nom de son pasteur de passage. Et pour être sûr de se faire bien comprendre, Augustin lui-même s’écriait : « Vous dites : il est évêque, car il est assis sur la cathèdre. Mais l’épouvantail aussi est un gardien dans la vigne. »[1]

« Auditeurs auto proclamés », dites-vous : sans doute préférez-vous les moutons sagement obéissants faisant vôtres les positions obsolètes de l’antique schéma d’une société inégale : « …dans le corps pastoral seul réside le droit et l’autorité nécessaires pour promouvoir et diriger tous les membres vers la fin de la société ; quant à la multitude, elle n’a d’autre devoir que celui de se laisser conduire et, troupeau docile, de suivre ses pasteurs. » Sans doute aurez-vous, vous aussi, oublié cette recommandation d’un Jean Chrysostome : « La prière eucharistique est commune, le prêtre n’eucharistie pas seul, mais le peuple avec lui, car il ne commence qu’après avoir accueilli l’accord des fidèles… Si je vous dis cela, c’est pour que nous apprenions que nous sommes tous un seul corps. Donc, ne nous en remettons pas pour tout aux prêtres, mais nous aussi ayons le souci de l’Eglise. » [2] Et ce rappel d’Augustin qui déclare ne jamais prendre de décision concernant son Eglise sans avoir auparavant consulté son presbyterium et les chrétiens confiés à sa charité.

Le concile Vatican II a, lui aussi, largement contribué au renouvellement de nos manières de penser, quand il définit trois niveaux de ministères (c’est le mot employé par le concile) : l’ordre sacré (ce qui est du côté du sacerdoce ministériel), les religieux et les laïcs[3]. Et c’est désormais le baptême et non le rang hiérarchique qui offre au croyant sa place et son rôle dans l’Eglise[4].

 

Vous parlez de « fait unique dans l’histoire contemporaine ». Nous n’avons surement pas les mêmes lectures. Il m’avait semblé que depuis quelques temps Autriche, Suisse, Allemagne, avant le Vaucluse, avaient témoigné d’un changement dans le mode relationnel avec les autorités (fut-ce les plus hautes). C’est bien au concile que nous devons ces changements, même si cela ne va pas sans poser des questions encore non résolues. Des refus de décisions unilatérales (par des laïcs et des prêtres) s’opposent à des refus de dialogue (par certaines autorités). Plutôt que de parler de « protestantisation » des mœurs de certains catholiques, constatons et accueillons la réalité. Ce n’est pas la fin du monde. C’est simplement un autre paradigme qui se dessine. De la même manière que cela se dessine actuellement pour la relation entre des peuples et leurs dirigeants. Depuis quand le souffle de la liberté entraverait-il le respect ou serait-il contraire au surgissement de l’humain en l’homme ou au travail de l’Esprit dans nos communautés ecclésiales ? On ne peut saluer (à juste titre), la maturité de ces douaniers qui refusent d’acheminer un lot de grenades destinées aux autorités tunisiennes juste avant le départ de Ben Ali et vouloir ailleurs maintenir, sans plus, le joug de l’obéissance absolue au nom de Dieu. Les chrétiens, aussi, ont besoin de s’assumer et de comprendre, avant d’obéir. On ne pourra se contenter, encore longtemps, de reprocher aux chrétiens d’aller chercher « dehors » la liberté de penser et d’être que leurs églises leur refusent au prétexte d’obéissance à l’Esprit ?

 

Qui êtes-vous donc, vous qui ne semblez capables de décliner votre sensibilité d’Eglise qu’en termes de mépris pour les autres ? Au point de confondre une pastorale de l’enfouissement (fidèle à l’évangile du levain dans la pâte, quoi que vous en ayez) avec le soupçon de « collusion avec le monde »[5] ? Etes-vous sûrs de savoir de quoi vous parlez en employant ces mots inutilement blessants. Peut-être n’avez-vous pas eu l’occasion de lire l’épître à Diognète qui révèle au monde des « païens » que « les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par leur pays, ni par le langage, ni par les vêtements…ils ne se font pas comme tant d’autres les champions d’une doctrine humaine… ils se conforment aux usages locaux… ils résident chacun dans sa propre patrie mais comme des étrangers domiciliés… et leur manière de vivre l’emporte en perfection sur les lois. »[6]. Mais peut-être s’agissait-il là de ces hommes animés par « une conception gauchisante de l’apostolat », heureusement pas encore lecteurs ni interprètes « orienté et partiaux » d’un concile Vatican II dont vous êtes sans doute les seuls interprètes authentiques parce que débarrassés de toute tentation protestante (et moi qui croyais que ce mode de lecture était réservé aux tenants du Concile de Trente!) Quelle misère. Vous n’avez sans doute pas eu le temps, non plus, de relire ces invitations répétées à la charité qui présentent « aux hommes une première lueur du Christ en qui la charité de Dieu se révèle »[7] et invite les chrétiens à se redire que la charité active et concrète est le commencement de l’évangélisation[8] et le chemin qui mène à Dieu[9]. Et c’est vous qui parlez d’immaturité ecclésiale ? Que d’étroitesse d’esprit pour des donneurs de leçons qui se veulent si clairvoyants !

Vous abordez la question de la nouvelle évangélisation promue dans le diocèse, sous la forme principale du « Chemin néocatéchuménal ». Imposée sans concertation, cette réalité pose problème pour l’Eglise d’Avignon. De la même manière qu’elle pose problème au Japon par exemple, au point que le président de la conférence épiscopale du Japon peut déclarer : « Là où le chemin néocatéchuménal est actif, on constate que la confusion, le conflit, la division et le chaos sont présents. »[10] Dans le diocèse d’Avignon, un certain nombre, prêtres et laïcs, en sont à penser la même chose. D’autant que celui qui occupe actuellement le siège archiépiscopal du diocèse semble ne pouvoir réfléchir autrement que par le Chemin Néocatéchuménal. Pourquoi cette difficulté ?

Comme d’autres, les membres de cette mouvance religieuse prospèrent le plus souvent sur et au détriment des moyens de l’existant. La réalité est que tout se passe comme s’ils voulaient s’approprier pour l’usage de leurs seuls intérêts les biens diocésains. Ainsi ils financent leurs actions sur le dos de la communauté locale. C’est le cas du financement du séminaire « Redemptoris mater », dont on sait par ailleurs que la plupart des séminaristes formés là ne seront jamais affectés au diocèse. Même remarque pour les « Shalom » (au demeurant très gentils) qui devaient installer et animer une aumônerie pour les jeunes scolaires : six ans plus tard, c’est une de ces paroissiennes « vieillissantes et (sans doute) gauchisantes » de la paroisse Saint Paul qui s’y est attelée sans eux pour les collèges de la Rocade d’Avignon. On est loin des promesses faites.

Pareillement, on est loin du mode de naissance des anciennes communautés, dont les fondateurs (souvent solitaires) cherchaient surtout à faire signe avant de faire nombre, se donnaient à la lutte contre la pauvreté (vivant eux-mêmes parfois de façon rigoureuse la pauvreté matérielle) avant de chercher à s’établir dans le confort d’une certaine sécurité. Ces mouvements font apparaître comme une frénésie de réussite immédiate. Au risque de réduire leur projet (celui du « Chemin néocatéchuménal », en l’occurrence) en défense d’un statut sans fond apostolique réel. Cela semble avoir justifié les quelques tentatives d’OPA retentissantes de ces derniers temps (Ceillac, Magnanen) ou le regard concupiscent posé sur l’ancien Carmel de Carpentras, le domaine de Guerre et quelques autres lieux. Les chrétiens du crû ont ainsi le sentiment d’un pillage organisé au nom de « la vérité ». En quelque sorte, notre bon droit nous donne tous les droits. Tant que vous n’adhérez pas à nos positions, vous êtes dans l’erreur. Et, comme chacun le sait depuis fort longtemps, nul ne peut donner une place à l’erreur. Cela signe le retour à d’autres « poncifs éculés » dont vous semblez vous nourrir (et qui auront sans doute échappé à votre clairvoyance) comme, par exemple, le refus de donner un droit à l’erreur[11]. Il me semblait que, depuis, le concile Vatican II avait proposé aux chrétiens une autre dimension de l’accueil et du partage de foi avec l’autre (cf. les déclarations sur la liberté de conscience, l’œcuménisme et la relation avec les religions non chrétiennes, par exemple).

Comme d’autres, les tenants du Chemin Néocatéchuménal semblent faire le choix de refuser d’entrer en dialogue avec la culture locale, au prétexte de ne pas polluer l’annonce brute du kérygme. Le christianisme, l’annonce de la résurrection n’est pas japonais disent-ils au Japon ; il n’est pas non plus provençal, disent-ils à Avignon. Il est universel. L’inculturation du message devient une réalité obsolète, hors saison, malgré les invitations répétées du concile Vatican II (Décret sur l’activité missionnaire de l’Eglise, constitution sur la liturgie, etc.). Ce fut un des premiers mots de l’évêque Cattenoz lors de son arrivée dans le diocèse : « Maintenant fini l’interreligieux. On évangélise » C’est toute une pratique pastorale que l’on veut ainsi mettre au rebut de l’histoire, avec celles et ceux qui la soutiennent qualifiés de vieillards dépassés ou de soixante-huitard attardés (on se rassure comme on peut). Mais, comme le faisait récemment remarquer un (vieux)[12] confrère, les vieux pommiers donnent-ils pour autant de vieilles pommes ? Le mépris, l’arrogance n’ajoutent pas à la vérité d’une proposition. L’œuvre de l’inquisition jadis, devrait nous aider à déciller nos yeux sur ce point ! Vous êtes, pour moi, la révélation de ce que j’appellerai la « théologie du coucou » : pratique de qui couve les œufs des autres et chasse les occupants des nids de fécondité qu’ils ont élaborés parfois pendant de longues décennies. Une « pastorale du marketing » qui renvoie à une sorte d’athéisme pratique de propositions qui prétendent remplacer l’action de Dieu, et ses lenteurs, par la supposée réussite d’une méthode : où Dieu n’est plus que le prétexte à la justification de nos méthodes et des performances que l’on veut bien y associer !

Théologiquement parlant, est ici privilégié un fondamentalisme court et primaire qui confond éthique et moralisme daté, option pastorale forcément transitoire et vérité éternelle au prétexte de pureté doctrinale. Voilà la grande affaire : LA « vérité », dont vous vous revendiquez, qui vous fait négliger de souligner que le « chemin néocatéchuménal » n’est qu’une option pastorale parmi d’autres. Et encore peu probante : au Japon, comme à Bollène pour notre diocèse, l’étroitesse des choix opérés et le mode d’accueil des personnes confondant accompagnement pastoral et rigorisme des exigences, aboutissent au souhait (des évêques Japonais) et à la réalité (à Bollène) d’un retrait des animateurs de cette mouvance, incapables d’une animation pastorale féconde. D’autant que ce mouvement semble se refuser assez fermement au dialogue tant œcuménique qu’interreligieux (quand ils n’y sont pas très clairement réticents). La plupart des tenants de cette forme de « nouvelle évangélisation » ne se retrouvent jamais dans aucun des rassemblements ordinairement proposés par les instances nationales concernées, sauf s’il s’agit de se donner à voir dans les journaux si l’on voulait bien organiser pour eux un rassemblement diocésain ! Il est vrai que l’on n’en est plus à un mensonge près : donner à voir ce à quoi on ne donne pas de réalité dans le concret du quotidien n’est malheureusement pas une nouveauté.

Cette théologie se traduit en actes. Ainsi de ce curé qui transforme des actes d’incivilités autour d’une église de quartier en guerre de religion, cette « christianophobie » à la mode, avec le concours d’un site marqué au coin d’un lepénisme non dissimulé ; le même qui, (par ailleurs membre du conseil épiscopal) vante et vend un ouvrage inspiré par le Front National, ouvertement négationniste, à la sortie de la messe dominicale. Ne rien voir là d’antinomique avec la proclamation de l’Evangile me paraît être une faute, avant d’être une erreur. De même quand à Bollène, la Famille missionnaire l’Evangile de la vie place sa manifestation sous le patronage de Mme Bompard. Etrange témoignage évangélique qui consiste à se choisir pour partenaire des idéologies qui font leur lit de la xénophobie et du racisme. Notre région n’a-t-elle pas suffisamment souffert avec l’héritage de Maurras et de ses excès extrémistes ? Vos mots repoussoirs ne borderaient-ils finalement pas que vos peurs ou vos volontés de pouvoir ? « Démocratie » : mais dites-nous donc où Jésus a-t-il jamais évoqué une construction monarchique de l’Eglise ? « Protestantisation » (qu’évoque sans doute déjà pour vous ma question précédente) : mais racontez-moi l’origine de la protestation d’une partie du monde chrétien du XVIème siècle ? Vous évoquez ailleurs l’amoindrissement du nombre de prêtres opposés aux pratiques pastorales épiscopales actuelles : mais je ne sache pas que vous ayez jamais été invité à nos rencontres depuis trois ans ; vous sauriez sinon que nous sommes toujours aussi nombreux… et que, de toute manière, ce n’est pas en comptant à la manière du monde que les choses se justifient, mais en aimant (ou en tentant de le faire) à la manière de Jésus qui n’omet pas de donner en exemple la foi d’un païen[13].

Je voudrais finir en soulignant que le paragraphe que vous avez intitulé « errances » dans votre papier du 13 janvier est un véritable chef d’œuvre… de fond de poubelle. Une fois encore : qui êtes-vous pour dénigrer de manière aussi diffamatoire celles et ceux qui ne pensent pas comme vous, mais qui, pour la plupart, ont depuis longtemps épousé le terrain, la proximité et une spiritualité souvent inspirée par François d’Assise, Vincent de Paul, Antoine Chevrier, Charles de Foucault, l’abbé Pierre et quelques autres moins connus ? D’autant que beaucoup, parmi celles et ceux qui épousent vos vues, semblent ignorer la réalité des pauvres et le souci d’entretenir une réelle proximité avec celles et ceux que la malchance ou l’incapacité (momentanée ou plus durable) ont rejeté aux frontières de nos sociétés. Ce n’est pas le tout de reprocher aux autres « une prétention à détenir comme un monopole de la charité catholique vis-à-vis des pauvres et des exclus ». Cela ne suffit pas à justifier un retrait de ces réalités dont les journaux ne cessent de dénoncer l’aggravation (chômage, mal logement, etc.). Et auxquelles la plupart de nos textes fondateurs ne cessent de nous inviter[14]. Faut-il rappeler le concile Vatican II, et son invitation à une « libre effusion de charité », à « une abnégation sincère d’une fraternelle générosité à l’égard des autres »[15]. Il me semble que cela avait été aussi la grande (re)découverte de beaucoup de communautés religieuses. Les Jésuites, par exemple, avait ainsi déclaré lors de leur 32ème congrégation générale, en 1975 : « L’évangélisation est proclamation de la foi qui agit dans l’amour des hommes : elle ne peut se réaliser vraiment sans promotion de la justice. » Plus près de nous, celles et ceux qui se réclament avec tant de ferveur de l’autorité de Jean-Paul II peuvent-ils faire l’impasse sur une des ses paroles fortes dont il avait le secret (souvent dérangeant) : « La ‘ nouvelle évangélisation ‘ dont le monde moderne a un urgent besoin et sur laquelle j’ai insisté de nombreuses fois, doit compter parmi ses éléments essentiels l’annonce de la doctrine sociale de l’Eglise, apte, aujourd’hui… à indiquer le bon chemin pour répondre aux grands défis du temps présent…. »[16]

En vous assurant de ma prière, je tiens à vous rassurer : votre charge, aussi violente que grossière, ne délivre personne : ni Monseigneur, confronté à ses peurs et à ses déréalisations ; ni vous-mêmes et votre faux désir de sauver l’Eglise au prix de vos frères qui pensent autrement ; ni ces frères qui craquent les uns après les autres devant les méthodes et les mensonges accumulés ; ni les prêtres, dont le souci premier n’est pas de se débarrasser d’un évêque (même si avec celui-ci tout est rompu), mais d’accueillir un pasteur qui saura prendre soin de son peuple et de ses collaborateurs. Rompant avec le soi-disant silence médiatique auquel chaque partie s’était engagée, votre texte signe au contraire le refus clair d’un dialogue dont d’autres affichent, par ailleurs, médiatiquement la « volonté » et clament la nécessité. Dommage : vous mettez ainsi à nu la part mensongère des propos officiels et vous nous ôtez tout doute et tout scrupule quant à nos choix.

Pour en terminer, ces mots d’espérance. Ils me nourrissent. Peut-être en feront-ils autant avec vous : « Les foules qui se lèvent pour suivre Jésus sont des poignées de villages, des processions de hameaux, un peu de blé au creux de la main, des cailloux le long du chemin… Et lui, Jésus marche devant. Ne vivant qu’en chemin comme si tout arrive seulement en arrivant chez les hommes… Il ne tient pas école, il ne fait pas réciter par cœur, il n’enseigne pas… il se contente de casser les mots en deux et, sous les yeux, s’en échappent des oiseaux…Sa Parole n’explique rien, elle ouvre. »[17]

 

 

Olivier Pety, prêtre, membre du presbyterium d’Avignon

Le 4 février 2011.


[1] Augustin, Sermon pour l’ordination d’un évêque, Guelferbynatus. 32,6-9.

[2] Jean Chrysostome, Sur 2 Cor, homélie 18,3. Cité par Albert Rouet, L’Eucharistie et l’humanité, Anne Sigier (2008), p. 32.

[3] Concile Vatican II, Constitution sur l’Eglise (Lumen gentium), n° 31b.

[4] Cf. Lumen gentium 30-33 : «Commune est la dignité des membres du fait de leur régénération dans le Christ… L’apostolat des laïcs est une participation à la mission salutaire elle-même de l’Eglise : à cet apostolat tous sont députés par le Seigneur lui-même, en vertu du baptême et de la confirmation… »

[5] Votre déclinaison personnelle de ce que d’autres nomment (un peu vite) relativisme ?

[6] Lettre à Diognète, V,1-10.

[7] Concile Vatican II, Décret sur l’activité missionnaire de l’Eglise, 12.

[8] Cf. Lumen gentium, 40 : « Dans la société terrestre elle-même, la sainteté contribue à promouvoir plus d’humanité dans les conditions d’existence ». Synode romain de 1971 : « Le combat pour la justice et la participation à la transformation du monde nous apparaissent pleinement comme une dimension constitutive de la prédication de l’Evangile. »

[9] Cf. Saint Vincent de Paul : « …quand vous quitterez l’oraison et la sainte messe pour le service des pauvres, vous n’y perdrez rien, puisque c’est aller à Dieu puisque c’est aller à Dieu que servir les pauvres. » (Conférence aux filles de la charité, 4. Œuvres complètes IX,5).

[10] La Croix, 18 janvier 2011.

[11] Cf. Denzinger 2730-2731 (1832), citant saint Augustin : « Quelle mort est pire pour l’âme que la liberté d’errer ? »

[12] C’est un point que vous n’élucidez pas : à partir de quel âge devient-on un « vieux » ?

[13] Matthieu 8,10.

[14] Isaïe 58, 3ss ; Lc 4,16ss ; Jn 13,1ss ; Mt 25,31ss ; 1 Cor 13,1ss ; etc. : « …L’hérésie qui nous menace en tout temps est subtile : sans lien d’amour, la doctrine chrétienne n’est plus la doctrine chrétienne ; c’est lui qui est le sel de notre terre ; nos croyances les plus assurées sont celles qui sont nées du lien d’amour. Tel était le testament spirituel de Jésus, si l’on en croit l’évangéliste Jean… : « Demeurez dans mon amour » (Jn 15,9) et non « croyez ce que je vous ai dit de croire ». Jésus semblait si peu préoccupé d’orthodoxie que les évangiles nous rapportent son estime pour la foi… d’un païen : « Chez personne en Israël je n’ai trouvé une telle foi » (Mt 8,10). Voilà un homme dont la foi consistait à faire confiance à un autre homme ! » (Lytta Basset, La fermeture à l’amour, Labor et Fides, (2000), p. 7).

[15] Concile Vatican II, Unitatis redintegratio, 8.

[16] Jean-Paul II, Centesimus annus, n° 5, (1 mai 1991). Parmi beaucoup d’autres, à la fin de son pontificat, sa méditation sur l’eucharistie donne une dimension accrue à cette dimension de notre foi : « L’eucharistie n’est pas seulement une expression de communion dans la vie de l’Eglise ; elle est aussi un projet de solidarité pour l’humanité tout entière… un point sur lequel je voudrais attirer l’attention parce que sur lui se joue d’une manière notable l’authenticité de la participation à l’eucharistie, célébrée dans la communauté : c’est l’élan qui s’en dégage en vue d’un engagement effectif dans l’édification d’une société plus équitable et plus fraternelle… » (Jean-Paul II, Lettre apostolique « Reste avec nous Seigneur », n° 27-28, 7 octobre 2004). Pour plus de détails, vous pouvez vous reporter au livre Le pauvre, huitième sacrement, Mediaspaul (2008 et 2009) !

[17] Jean Debruynne, Jésus, tome 1, Desclée (1986), p. 107-110.

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