Rencontre du 23 octobre 2011

Rencontre organisée par CEV le 23 octobre 2011

Voici, en complément des compte-rendus des travaux de groupes publiés dans l’article précédent, successivement le compte rendu général , le texte de Chantal Guillermain et la synthèse de l’intervention d’Olivier Legendre lors de notre rencontre du 23 octobre 2011.

1.Compte rendu Général

Chrétiens en Vaucluse avait invité largement à  la  rencontre qui a eu lieu le dimanche 23 octobre 2011, à partir de 14 heures 30, dans la salle des fêtes du Sacré Cœur à Avignon.

Nous étions environ cent dix participants (dont un certain nombre de prêtres)  et nous aurions été certainement plus encore si le 23 octobre n’avait pas coïncidé malheureusement avec le début des vacances scolaires.

Après un mot d’accueil de R.Moulinas, une invocation au Saint Esprit et la lecture d’un passage de la Première Epître de Paul aux Corinthiens ( le même que celui qui avait été lu le 9 janvier dernier devant la porte close de la maison diocésaine) , Chantal Guillermain, au nom de l’équipe qui avait préparé cette rencontre, en a fait la présentation

( voir le texte en pièce jointe )  et Noelle Bourgerie en a  exposé le déroulement prévu.

Puis la parole a été donnée à Olivier Le Gendre qui, en tant que témoin privilégié en raison de ses activités, nous a fait part de ses observations sur ce qui se passe actuellement dans l’Eglise, en France et ailleurs (voir son texte en pièce jointe).

Ensuite, les participants se sont répartis en cinq ateliers pour échanger pendant une heure sur les thèmes proposés : Le peuple de Dieu, la place des pauvres dans notre Eglise et notre action, la parole de Dieu, nos rassemblements liturgiques,  le dialogue interreligieux et le dialogue œcuménique, avec, pour chacun, l’appui de quelques citations de textes de l’Ecriture, des Pères et de Vatican II.

Après une courte pause, le rapporteur de chaque atelier en a présenté le résumé sous la forme d’une conviction, une question, une proposition avec un bref commentaire. Chaque présentation a donné lieu à des échanges très libres avec ceux qui ont souhaité donner leur avis. Ensuite Olivier Le Gendre a repris la parole pour exprimer les réflexions que lui inspirait ce qu’il venait d’entendre.

Pour la suite à donner à notre action, en dépit d’un certain scepticisme persistant sur l’efficacité pratique de ces rencontres, il a été décidé d’accepter la proposition de Mgr Cattenoz, exposée dans sa lettre du 6 octobre dont il a été fait lecture : des rencontres régulières entre des porte-parole qualifiés des instances diocésaines et des représentants de CEV, quatre permanents et d’autres invités en fonction du sujet à débattre.

Mais d’autres pistes de réflexion et d’action, pour dynamiser la vie chrétienne de l’Eglise d’Avignon, seront explorées parallèlement, en exploitant les résultats et les suggestions des enquêtes menées par les équipes de CEV depuis l’année dernière et les idées apparues au cours des débats du 23 octobre.

La plupart des participants ont été d’accord pour apprécier l’esprit d’ouverture  fraternelle qui a régné tout au long de cette journée qui s’est terminée par la mise en commun des nourritures terrestres que chacun avait apportées, ce qui a été l’occasion parfois de prolonger les discussions.

2. Intervention initiale de Chantal Guillermain 

Chers amis qui êtes des Chrétiens En Vaucluse,

Après René Moulinas, c’est au nom de l’équipe d’animation au sein de laquelle nous nous sommes réparti les tâches qu’il me revient de vous accueillir et c’est un plaisir pour moi de le faire :

Soyez donc les bienvenus pour cette rencontre !

Cette Eglise que je cherche à comprendre  Maurice VIDAL.

Croire quand même  Joseph MOINGT

A cause de Jésus je suis resté chrétien et même catholique  Joseph DORE

L’Esprit, espérance d’une Eglise en crise  Michel RONDET

Quand des prêtres, des évêques, des théologiens, sulpiciens, jésuites … laissent ainsi deviner les débats de leur cœur, on comprend que les laïcs agitent « Les pieds dans le bénitier ».

Vous reconnaissez ces titres !

Ils illustrent – me semble-t-il – l’attitude que nous cherchons à avoir à CEV.

Pour la résumer autrement : nous avons protesté, nous nous sommes « indignés », tout autant que nous nous sommes « engagés ».

En effet, depuis des années, 3,4 ??, à cause des crises survenues dans le diocèse, dans lesquelles des personnes, prêtres et laïcs, se sont senties méprisées, bafouées, blessées, nous avons cherché à comprendre et à aimer l’Eglise de Jésus Christ, qui ne se réduit pas à ce que nous en voyons et qui nous fait souffrir.

Nous avons voulu, malgré les pesanteurs et les blocages, croire en Jésus et en sa promesse de vie, de renouvellement.

Nous avons voulu espérer avec la force de l’Esprit et sans nous bercer d’illusions, que lentement, insensiblement, des choses bougent, que des failles se dessinent et s’entr’ouvrent pour qu’y soit greffée une sève de résurrection.

C’est dans cette optique que nous nous sommes réunis aujourd’hui.

Ensemble pour renforcer nos liens d’amitiés,

partager nos convictions et nos motifs d’espérance,

nous mettre à l’écoute de la Parole qui a déjà été semée en tous les cœurs,

et cela dans le but de lancer des passerelles vers des rives qui parfois nous rebutent, de bâtir sur le Roc qui nous est commun.

Nous sommes ensemble mais il est important d’avoir un témoin parmi nous.

Un grand merci à Olivier LE GENDRE d’avoir accepté de nous écouter, de nous aider à ouvrir notre mouvement, à élargir notre action.

Olivier LE GENDRE nous a accueillis fraternellement lorsque nous l‘avons rencontré ; lui que nous avions choisi parce que ses livres nous avaient réconfortés, en nous laissant deviner une Eglise humble, une Eglise servante plus que maitresse, une Eglise vulnérable, capable de tendresse ; une Eglise qui parle de confiance plus que d’exigences ; de douceur plus que de morale.

C’est cette Eglise-là que nous aimerions incarner…

Et maintenant, nous allons échanger en groupe sur les sujets qui ont été annoncés. Des convictions, des propositions se dégageront, pour exprimer notre désir de participer activement à la vie de cette Eglise qui est à Avignon ; cette Eglise qui a besoin de nous, de notre énergie, de notre expérience et de notre prière ; et cela malgré nos limites, malgré notre âge…

(Il n’y a  ni chômeur, ni retraité dans l’Eglise, disait Mgr Panafieu en ouvrant le Synode d’Aix !)

Ce soir, certes, nous sommes heureux de nous retrouver ; mais la raison d’être de CEV n’est pas de nous enfermer dans un cocon sympathique et chaleureux ; CEV veut être un lieu de passage, de rencontre où les chrétiens que nous sommes puissent trouver

                 Elan, force et joie de vivre à cause de Jésus et de l’Evangile.

Et puisque le P.Moingt – dans Croire quand même – veut apporter un encouragement aux chrétiens désemparés par certains visages de l’Eglise, je lui emprunte cette phrase :

« Etre chrétien (chrétien en Vaucluse) c’est lire l‘Evangile dans une communauté pour le traduire en actes dans sa vie. Dans une communauté chrétienne, bien sûr, mais ouverte à d’autres (…) car l’Evangile est fait pour être vécu au cœur du monde, au cœur des questions et des difficultés de la vie de tout le monde et de chaque jour » (p.121)

3. Intervention d’Olivier Le Gendre

Vous m’avez demandé de partager l’expérience de mes rencontres avec de nombreux groupes de chrétiens qui s’engagent aujourd’hui dans une réflexion active sur leur place dans l’Église. Je commencerai cette intervention en répondant à cette demande, puis j’y ajouterai quelques réflexions personnelles.

Que se passe-t-il ailleurs ?

Des chrétiens qui se posent des questions sur la manière dont se vit l’Église le font souvent après une indignation, une interrogation, une souffrance ressenties à propos d’un comportement ou de paroles d’une personne ayant autorité dans leur pays, leur diocèse, leur paroisse. Quelques exemples : la couverture des actes de pédophilie par certains évêques, l’éviction sans ménagement par un nouvel évêque des collaborateurs de son prédécesseur, des propos maladroits sur la place des femmes dans l’Église, un nouveau curé de paroisse qui, fort d’idées personnelles, malmène la communauté à laquelle il est envoyé en faisant table rase de ce qui existait auparavant…

Ces chrétiens souffrants sont d’abord dans un état réactif d’indignation, voire de colère. Ce sont souvent des chrétiens très engagés dans leur foi, dans l’animation de leurs paroisses, dans le service des démunis…

Cette étape d’indignation est la plus part du temps dépassée par la conscience qu’il est stérile d’être seulement « contre » et qu’il y a un appel à tenter d’ouvrir des voies nouvelles de collaboration au sein des communautés ecclésiales.

Ces voies nouvelles ne sont pas toujours faciles. Pour au moins deux raisons. La première est qu’il reste des traces, des traumatismes, de la première indignation : la méfiance s’est installée et il est difficile de vouloir reprendre un dialogue brutalement interrompu. La seconde est que les autorités contre lesquelles s’est tournée l’indignation se sont elles-mêmes crispées, mises en cause, ce dont elles n’avaient pas l’habitude, fortes de leur conception ecclésiale.

Un phénomène est frappant : ces voies nouvelles que des chrétiens essaient d’ouvrir entrainent une prise d’appui sur l’Évangile redécouvert. Comme si la nécessité était forte de revenir à la source de la foi, de s’y abreuver, pour y redécouvrir une fraicheur d’inspiration.

Enfin, il y a un arbre qui cache la forêt. L’arbre, un baobab, est la mauvaise opinion qu’entretient la société à l’égard de l’Église, la forêt est la multiplicité des initiatives chrétiennes. Jamais, sans doute, il n’y eut dans le monde autant d’initiatives chrétiennes (groupes d’étude biblique, équipes de partage de vie, écoles de prière, actions pour les plus démunis…). Ces initiatives se déroulent soit dans les cadres institués (paroisses, diocèses, « mouvements officiels »), soit hors de tout cadre : ces chrétiens ne jugeant pas utile de se faire connaître ou reconnaître.

Réflexions personnelles

Il y a un grand risque à s’enfermer dans des problématiques intra ecclésiales. Il y a une soif non satisfaite chez nos contemporains mais la plupart de ceux-ci ne confient plus cette soif à l’Église, d’où la question : comment redevenir un lieu d’espérance pour les hommes de notre temps ?

Les différences de sensibilité entre les chrétiens ne doivent pas devenir des affrontements qui « pomperaient » toute l’énergie et empêcheraient de répondre à la fois aux attentes du monde et au commandement de Jésus d’annoncer la Bonne Nouvelle.

Il me semble ensuite nécessaire de comprendre que l’on peut ne communiquer que si on commence par écouter en vérité : l’autre à quelque chose à nous dire qui est important pour lui et pour nous. Asséner des convictions procure une satisfaction égoïste et passagère qui n’aboutit à rien de constructif. Comme toujours, c’est l’attitude du Christ qui nous enseigne le bon chemin (ses dialogues avec la femme adultère, la Samaritaine, le jeune homme riche, Pierre, les femmes et les hommes qu’il guérit…).

Ceci revient à dire que nous avons tous la charge de ne pas risquer par nos attitudes de fermer la porte du royaume de Dieu comme le font les pharisiens.

Il est impératif de comprendre que c’est dans la faiblesse, et non dans la puissance, qui s’insinue la grâce dont nous avons besoin pour être des chrétiens fidèles et vivants. Il est naturel de se cabrer devant l’idée que ce que nous pourrions nommer le « camp adverse » gagne. Si nous sommes convaincus, ce n’est jamais agréable de voir nos convictions rejetées, bafouées, méprisées… Cependant, la logique chrétienne profonde n’est pas celle de savoir qui gagne ou qui perd. Là encore, le Christ n’est pas celui veut gagner, il vient témoigner de l’amour de son Père pour tous ses enfants, et il vient apporter le salut.

Conclusion

Nous sommes entrés dans une période qui verra les chiffres (pratiquants, prêtres, religieux(ses), mariages à l’église, enfants catéchisés…) encore baisser. Ceci sera un facteur  d’inquiétude, de crispation pour beaucoup d’entre nous. Cependant, cette période, c’est déjà visible, est le moment où est en train de se préparer des temps nouveaux

Devenus moins puissants (et peut-être obligés à être moins arrogants) à l’égard de la société, nous deviendrons plus intéressants. Nous avons à adopter une attitude de dialogue tant avec la société qu’à l’intérieur de nos communautés ecclésiales.

Nous avons tous besoin de compassion et d’indulgence.

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