Rencontre des délégués des conseils de l’évêque d’Avignon Avec ceux de Chrétiens en Vaucluse Mardi 12 juin 2012 (Compte rendu établi par CEV)

Nous n’étions que six :

Henri Faucon du Conseil Pastoral Diocésain, Christian Bezol et Alain Diedhiou pour le Conseil Presbytéral ;
Pour Chrétiens en Vaucluse :
René Moulinas, Chantal Guillermain et Jean Mallein

1/ Partie échanges- dialogue :

Après une prière formulée par le P. Alain nous avons parlé de la préparation de la Lettre pastorale que notre évêque compte envoyer à tous ses diocésains, prêtres, diacres et fidèles laïcs après les avoir consultés sur l’état du diocèse. Une réunion de tous les prêtres sur deux jours est envisagée au début de la prochaine année pastorale.

Chacun a ensuite exprimé ce qui lui semblait important pour notre Église diocésaine.

L’un pense que l’important c’est de se retrouver à la messe dominicale pour célébrer l’Eucharistie, et de retrouver une vie paroissiale au lieu de vivre cette messe en simple consommateur. Ce à quoi plusieurs ont réagi pour dénoncer une sorte de « cléricalisation de l’Eucharistie » qui conduit à oublier que toute la vie doit devenir eucharistique ; que l’important n’est pas de « faire nombre », mais de « faire signe ».

Un prêtre témoigne avoir rencontré des « situations eucharistiques » et se livre, en particulier durant les obsèques, à une véritable catéchèse pour expliquer les différents rites et en quoi ils sont des rappels du baptême, ce qui est généralement très bien reçu par des gens qui ne pratiquent plus. Un autre dit qu’il ne faut pas se contenter de parler aux gens qui viennent à la messe, en rappelant des exigences, mais qu’il faut aller parler avec ceux qui ne viennent pas. Car il ne s’agit pas d’être « en règle », mais de vivre sa foi, ce qui normalement se fait en Église (et pas seulement à l’église !).

Un autre insiste sur le partage de la Parole de Dieu dont le commentaire ne devrait pas être le monopole du prêtre. On fait référence aux communautés de base en Amérique latine, ou encore aux chrétiens du Cambodge où l’Église a survécu par le partage communautaire des chrétiens, même en l’absence de prêtres.

Loin de nous l’idée de dire qu’on n’a pas besoin de prêtres, mais il nous semble contraire à l’espérance chrétienne et à la foi en l’Esprit Saint de dire, en répétant le Curé d’Ars : « laisser une paroisse sans prêtre et bientôt on y adorera les bêtes »…

Un point a été déclaré acquis, celui de l’importance de l’Eucharistie dans notre vie chrétienne. Le problème est que chacun trouve sa place. Quelqu’un reprend la formule selon laquelle chaque chrétien est prêtre, prophète et roi. En effet, les fidèles ont leur place dans la prière universelle de la messe pour intercéder ; ils sont prophètes dans leur mastication de la Parole de Dieu qui leur permet de l’assimiler (ou de se laisser assimiler par elle) pour en témoigner ; et ils sont rois dans leur engagement dans le monde.

On relève un indice de « cléricalisation » dans le fait de parler du ministère « sacerdotal » au lieu du ministère « presbytéral » (ce qui permet de garder le mot « sacerdoce » pour tous les baptisés, et de parler du « sacerdoce commun des baptisés »). Et cela d’autant plus que, le Christ est l’unique prêtre de la Nouvelle Alliance.

Sans nullement contester la nécessité d’un ministère ordonné pour présider l’Eucharistie et donner les sacrements, il nous semble important de ne pas oublier le sacerdoce commun des baptisés. Certes tous les chrétiens, quel que soit leur statut dans l’Église, sont appelés à la sainteté, comme le rappelle Christi fideles laïci, mais l’ordination ne fait pas du prêtre un super-chrétien, comme semble l’oublier dans sa lettre, l’encyclique de Pie X, Vehementer (1906), qui s’adressait au peuple de France après la loi de séparation de l’Église et de l’État :

« L’Église est par essence une société inégale, c’est-à-dire une société comprenant deux catégories de personnes: les pasteurs et le troupeau, ceux qui occupent un rang dans les différents degrés de la hiérarchie et la multitude des fidèles; et ces catégories sont tellement distinctes entre elles, que, dans le corps pastoral seul, résident le droit et l’autorité nécessaires pour promouvoir et diriger tous les membres vers la fin de la société.

Quant à la multitude, elle n’a pas d’autre devoir que celui de se laisser conduire et, troupeau docile, de suivre ses pasteurs »[1].

De tels propos qui reflètent la personnalité du pape Pie X et les circonstances historiques de cette encyclique, ne sont plus recevables aujourd’hui, après Vatican II, même s’ils nous semblent encore hanter l’inconscient de certains prêtres et même de certains fidèles qui oublient que les prêtres sont d’abord des baptisés appelés à la sainteté comme tous les autres et que les pouvoirs qu’ils tiennent de leur ordination sont au service de la foi de la portion du peuple de Dieu qui leur est confié. Ce qui suppose qu’ils l’écoutent, et qu’ils l’aident à éprouver les besoins spirituels à partir desquels ils comprendront la nécessité pour eux de fréquenter l’Église par une pratique active…

On aimerait que la prière eucharistique de la messe, qu’il revient au prêtre de dire, dise le « Nous » de toute la communauté rassemblée au nom du Christ et qui déjà, du fait de cette réunion, constitue ici et maintenant le Corps du Christ. Et cela changerait beaucoup de choses si l’on en était conscient.

2/ L’annonce par CEV de l’interruption des discussions  dans cette forme actuelle :

C’est alors que René Moulinas expose que ce 4-4, ce soir-là 3-3, serait le dernier du fait que Chrétiens en Vaucluse ne voit pas trop l’utilité de ces réunions.

Cette annonce est  faite en conformité avec le « mandat » donné par les instances d’animation de CEV à leurs délégués après avoir tiré le bilan des réunions précédentes et constaté l’absence de retour de la part de l’Evêque.

Elle s’accompagne d’une réflexion sur la nécessité de rechercher une autre forme de dialogue plus efficace.

3/ La réaction des représentants des conseils de l’Evêque à cette prise de position de CEV :

Trois choses très importantes sont dites par les représentants des conseils de l’Evêque qui ne peuvent nous laisser indifférents, pas plus les uns que les autres :

a) L’évêque tient compte de ce qui lui remonte et infléchit sa gouvernance, comme en témoigne, entre autres, ce choix de consulter ses prêtres et l’ensemble de ses diocésains par le Conseil pastoral diocésain avant d’écrire sa lettre pastorale sur l’état du diocèse. Si le dialogue avec Chrétiens en Vaucluse a repris c’est qu’il l’a voulu, et cela contre l’avis et la résistance d’un certains nombre de prêtres qui n’en veulent pas. C’est pourquoi :

b) Arrêter ce dialogue, c’est donner raison au conservatisme de certains prêtres qui ne veulent pas du dialogue avec Chrétiens en Vaucluse, pas plus d’ailleurs qu’avec des gens qui risquent de les contester dans leur manière de dire ou de faire. En bref, c’est se priver du moyen de travailler à l’avènement en Vaucluse d’une Église qui, pour répondre à des situations nouvelles, se laisserait guider par l’Esprit.

c) A quoi s’ajoute le fait que les écrits publiés dans les médias non seulement coupent le dialogue, mais font mal à notre Église.

A l’issue de ces derniers échanges, la réunion s’est achevée.
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Compte-rendu réalisé par Jean Mallein


[1] Cette encyclique de Pie X (11/02/1906), que nous a utilement rappelée René Moulinas peut se lire sur le site www.vatican.va. On trouvera les lignes citées en faisant une recherche avec le mot « pasteur ».

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