Réflexions d’un groupe de laïcs suite au conseil d’animation de CEV du 10 juin 2012

Nous vous invitons à prendre connaissance d’un travail de synthèse effectué par des laïcs suite au conseil d’animation de CEV du 10 juin dernier ci-dessous.

Bonne lecture à tous
L’équipe CEV


Le produit de la réflexion d’une équipe de laïcs qui a mis en forme et explicité les idées apparues dans une réunion du conseil de CEV du 10 juin.

 

Après l’intervention de Mgr Cattenoz à Beaumes de Venise, nous posons des questions et avançons des suggestions.

I.Gestion des prêtres

1/Des questions

Mgr se proposant  de « repartir en Afrique chercher des prêtres », nous nous étonnons que dans ce climat de pénurie une dizaine de prêtres actifs dans le diocèse, et 4 diacres, aient été  mis à l’écart depuis une dizaine d’années. Pour les uns, le prétexte était la limite d’âge (alors que partout des prêtres savent se rendre utiles au-delà de 75 ans), pour d’autres un état de santé déficient (même remarque), mais il apparaît surtout une non-conformité aux orientations de l’évêque qui a souhaité les éloigner ou les remplacer par des hommes plus soumis à ses projets (ainsi l’un s’est vu reprocher de « faire de l’ombre »…). Certains ont dû chercher à s’embaucher ailleurs (3 départs du diocèse, dont un est revenu, mais toujours déchargé de travail pastoral).

Concernant les diacres, ce sont 4 diacres qui ont été éliminés, l’un rejeté du diocèse (et poursuivi par l’évêque jusqu’auprès du diocèse l’accueillant), 2 découragés par des manœuvres visant à les remplacer sans leur assurer d’autre tâche, 1 malmené qui s’est retiré.

2/ Des suggestions :

– Est-il pertinent de multiplier les appels de prêtres africains, alors que des évêques africains viennent de s’alarmer de voir leurs prêtres quitter le continent au risque de lui faire  perdre des forces vives. Est-ce à nous à créer un « exode des cerveaux », pour nos besoins supposés ? La même remarque peut aussi être faite pour certaines communautés étrangères

– Comment a-t-on évalué jusqu’ici l’intégration de ces prêtres venus d’une autre culture, et l’accueil qu’ils ont reçu dans des paroisses qui avaient un passé, et dans une Eglise de France dont ils connaissent mal les orientations et les besoins ? On s’est contenté de faire comme si les réactions critiques de certains paroissiens étaient un reste honteux de xénophobie. Sous prétexte qu’ils ont été aidés au départ à maîtriser la langue, on en a conclu un peu vite qu’ils étaient prêts à entrer de plein pied avec ce monde nouveau pour beaucoup.

– Quant aux prêtres et diacres éliminés, souvent sans ménagements, quel a été le souci des personnes ? qu’a-t-on fait pour les aider s’ils étaient en situation difficile, et leur permettre de rendre tous les services qu’un prêtre peut rendre à son Eglise, au lieu de les condamner à une retraite définitive ? Il existe des prêtres âgés, parfois en mauvaise santé, qui se déclarent heureux de continuer à se rendre utiles dans la proportion de leurs forces.

II.Relations avec les musulmans

1/ Des questions

La crainte exprimée à Beaumes de Venise de « se retrouver un matin entourés de musulmans » rejoint de nombreuses affirmations qui créent depuis des années un climat malsain dans le diocèse autour de l’approche des musulmans. Ainsi :

– Deux articles dans la revue du diocèse (Eglise d’Avignon) en mars 2010 (de Daniel Ange et de Samir Khalil), avaient suscité des réactions pour avoir laissé entendre que « les musulmans » avaient la mauvaise religion, que le Coran ne pouvait apporter un sens à leur vie, et qu’il fallait que les catholiques, mieux éclairés, leur portent l’Evangile et les convertissent.

– En 2011, une conférence donnée par Annie Laurent, et à laquelle avaient été invités les personnels d’éducation de l’enseignement catholique et les prêtres, reprenait le même thème, en affirmant que les musulmans, de par leur religion, ne pouvaient savoir ce qu’était l’amour, et qu’ils n’avaient pas le sens de la personne.

– Lors d’un forum sur la Nouvelle Evangélisation en mai  2012, la première conférence annoncée avait pour titre « évangéliser les musulmans ».

– Enfin, à la suite d’incivilités commises autour d’ une église d’Avignon (avril 2010), un prêtre ayant alerté la presse à grand bruit pour dénoncer une agression « anti-chrétienne », un déchaînement de propos suspects s’est produit, par la distribution d’un tract violent du « bloc-identitaire » à la porte de l’église à la sortie de la messe, et par un pamphlet encore plus violent sur un site internet  où le nom du prêtre s’est trouvé mêlé  à des propos haineux et grossiers contre les musulmans. A cette occasion, l’évêque d’Avignon a tout de même joué un rôle apaisant, en demandant qu’on instaure un dialogue interreligieux, mais à ce jour aucune initiative n’a été prise à ce sujet.

2/ Suggestions

– Savoir distinguer d’un affrontement religieux l’expression d’un malaise social et culturel ; c’est ce qui a été très bien fait à Carcassonne, par exemple, où l’évêque a calmement rappelé (mai 2012) que les incivilités ne traduisaient pas une volonté d’agression de musulmans contre chrétiens mais un problème de société récurrent et général ; on sait bien en effet que les incivilités, voire la délinquance sont pour ceux qui les commettent, une façon de dire qu’ils existent car ils n’ont pas de reconnaissance sociale.

– Travailler au vivre ensemble, en commençant par arrêter  de stigmatiser et d’attiser les peurs. Accueillir l’altérité (Christian Delorme), « recevoir le témoignage de la foi des frères musulmans » (Christian Salenson, à propos des moines de Tibhérine), c’est grandir soi-même dans sa propre Foi

– Ne pas accepter de succomber à la volonté du prosélytisme : « le but du témoignage n’est pas d’amener à l’Eglise de nouveaux adeptes mais de s’ouvrir, les uns aux autres, à l’action de Dieu » (Ch. Salenson)

Ce qui suppose un véritable travail, au niveau d’un dialogue respectueux avec l’autre, mais aussi en nous pour ne pas céder aux peurs et à la facilité.

III.Au niveau des choix pastoraux

1/ Des questions

– Depuis plusieurs mois, les initiatives fortement médiatisées ont été : des processions, en particulier dans les rues d’Avignon, un jubilé de plusieurs mois avec prières et délivrance d’indulgences. Des lieux de culte ont été célébrés : la métropole ND des Doms, l’église St Pierre devenue « basilique ». On a inauguré des pierres.

– Par contre, pas d’appel solennel à la charité, tandis que l’initiative de la conférence des évêques de France dans le cadre de Diaconia n’a donné lieu a aucun travail sérieux au niveau du diocèse.

Les mouvements de solidarité ont été laissés à leur sort, les responsables du diocèse se contentant de noter qu’ils perdent des forces vives et que la relève n’est pas toujours assurée. Le soutien de l’évêché va à des groupes nouveaux, qui portent leur énergie sur la prière et l’exercice des vertus privées, rien qui n’aille dans le sens de l’attention aux autres.

2/ Suggestions

Sans attendre d’initiative venant de la hiérarchie, nous sommes déterminés à assumer notre rôle de laïcs. Notre objectif : fédérer des baptisés qui s’interrogent sur le vivre ensemble aujourd’hui dans un monde en transformation (y compris au niveau des institutions de l’Eglise). Il n’y a plus d’injonctions, de normes prédéterminées, de devoir d’obéissance. Mais un devoir de création et d’initiatives.

Dans ce but nous nous promettons de faciliter des rencontres entre petits groupes, et avec nos frères chrétiens dans une recherche œcuménique. Tels peuvent être les groupes de lecture d’un livre (Joseph Moingt par exemple), des groupes d’échanges sur l’Evangile, ou encore une réunion comme « chrétiens ensemble » qui cherche à partir de l’Evangile à interroger nos vies d’aujourd’hui en allant dans le département à la rencontre des frères. Il est envisagé à l’automne une réunion sur le thème « regards chrétiens sur le service du frère », également œcuménique, pour remettre cette dimension de fraternité à la place qui doit être la sienne dans une vie de baptisé.

Un vaste chantier d’attention au monde d’aujourd’hui et notamment aux plus pauvres d’entre nous est en friche, il serait possible de bâtir en réunissant les forces des fidèles, et de certains prêtres, qui souhaitent une autre orientation. CEV peut être un cadre pour ce travail.

Print Friendly, PDF & Email
Ce contenu a été publié dans Les relations avec l’Eglise d'Avignon. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *