Le livre de Loïc de Kérimel “Pour en finir avec le cléricalisme”

Le livre de Loïc de Kérimel “Pour en finir avec le cléricalisme”, publié en 2020, d’un style  assez lourd, peut décourager dans les premières pages. Mais la lecture est vivifiante, lorsqu’il propose d’abandonner le caractère sacré des prêtres, et la notion de sacrifice, qui constituent le coeur du cléricalisme. 

 Il remonte aux débuts de l’histoire de l’Eglise, qui vit “la réinvention d’un sacerdoce hiérarchique, peu en accord avec les gestes et les paroles de Jésus, en particulier avec l’esprit qui a suscité l’opposition que l’on sait d’une grande partie de ses contemporains “grands prêtres, anciens, scribes et pharisiens”, autrement dit du système clérical d’alors.”Une autorité ne fut désormais considérée comme légitime que si elle était “consacrée”.

 Le prêtre est devenu l’homme du sacrifice, comme le grand-prête en son Temple, alors même qu’à travers ses prophètes le Dieu des Juifs avait manifesté son regret de ces sacrifices qu’il n’agréait pas.

“Le coeur de la vie des premières communautés, – le simple “repas du Seigneur”, moment naturellement domestique de la fraction du pain à faire en mémoire de lui,- s’est ainsi progressivement revêtu, au point d’en devenir méconnaissable, des formes religieuses traditionnelles et absorbé par elles: la table s’est métamorphosée en autel, le pain partagé est devenu le symbole de la victime sacrifiée, le prêtre a remplacé l’ancien et, les laÏcs devenant interdits de choeur, l’espace cultuel a fracturé celui de la convivialité domestique.”

Pour l’auteur, il y eut rapidement une contagion à partir du modèle ancien des Juifs (les sacrifices, les rites, le Temple et surtout ce corps de prêtres séparés du commun par un caractère sacré), et ce au moment même ou beaucoup de juifs remettaient justement en question cette tradition. Interdits et prescriptions contraignantes que Jésus a voulu alléger ont refait surface après lui, pas seulement par la pesanteur de toute autorité qui s’exerce, mais en s’appuyant sur une conception du sacerdoce “sacré”qui rend ses arrêts irrévocables. 

La deuxième partie de l’ouvrage est moins convaincante dans la recherche de voies nouvelles, en particulier lorsqu’il présente l’hypothèse d’un renouvellement qui viendrait aux chrétiens des Juifs d’aujourd’hui. 

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