Compte rendu de la réunion du CA et groupe d’animation de « Chrétiens en Vaucluse » du 15 juin 2021

À TOUS LES MEMBRES ET PROCHES DE CHRÉTIENS EN VAUCLUSE

Avant le temps estival et festival qui ralentit les activités de l’association CEV, la dernière réunion de son Conseil d’administration et groupe d’animation s’est tenue le 15 juin dernier. Les points suivants ont été abordés

  1. L’article de La Croix du 12/06/2021 concernant notre diocèse

Nous tenons à porter à votre connaissance l’intégralité de cet article :

Au diocèse d’Avignon, des plaies encore à vif

Enquête

Le diocèse d’Avignon, où Mgr François Fonlupt a été nommé évêque vendredi 11 juin, a connu dix-huit années marquées par une grave crise de confiance entre l’ancien évêque Mgr Jean-Pierre Cattenoz et une partie des catholiques, qui l’accusent d’« abus d’autorité ». 

  • Mélinée Le Priol, envoyée spéciale à Avignon,
  • le 12/06/2021 à 07:49
  • Modifié le 12/06/2021 à 08:41

« Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi l’avez-vous laissé aussi longtemps ? » Le cri, venu d’un curé vauclusien d’origine étrangère, fige l’auditoire. Puis les témoignages s’enchaînent : un prêtre avignonnais évoque des « années noires », un autre dit s’être fait « voler une part de son sacerdoce ». Mgr Georges Pontier reçoit la déferlante en silence, avant d’engager le dialogue avec les 70 prêtres du Vaucluse (sur une centaine en tout) réunis sous les voûtes claires de la cathédrale Saint-Siffrein de Carpentras.

Nous sommes le 9 février 2021. Cela fait près d’un mois que Mgr Jean-Pierre Cattenoz, 75 ans, Lorrain d’origine incardiné dans le Vaucluse, n’est plus évêque d’Avignon. Ce sont pourtant ses dix-huit années d’épiscopat qui occupent les prêtres réunis autour du nouvel administrateur apostolique, Mgr Pontier. Chargé d’assurer l’intérim jusqu’à l’installation, dimanche 11 juillet, du nouvel évêque Mgr François Fonlupt, il ne découvre pas le problème aujourd’hui. Comme archevêque de Marseille (2006-2019) et président de la Conférence des évêques de France (2013-2019), il a déjà entendu des prêtres et laïcs, au fil des années, dénoncer un « abus d’autorité » de la part de l’évêque d’Avignon.

Interrogé par La Croix à ce sujet, Mgr Pontier reprend aujourd’hui ces mots, non sans prudence, et visiblement ébranlé. « La situation peut amener à se poser la question d’un éventuel abus d’autorité, oui. Cela interroge le jeu institutionnel de l’Église : car entre l’évêque et le pape, il n’y a pour ainsi dire pas d’échelons intermédiaires. L’institution ne doit-elle pas se donner les moyens d’entendre et d’accompagner la souffrance de ceux qui rencontrent de graves et durables difficultés avec leur évêque ? »

Ces difficultés « graves et durables », l’institution ecclésiale, tout comme certains médias dont La Croix, comprennent aujourd’hui en avoir longtemps eu une lecture partielle, et erronée. Le conflit de plus de dix ans qui opposait le vigoureux, voire brutal Mgr Cattenoz, un homme bourru et volontiers provocateur, à une partie de son diocèse, représentée par la démarche Chrétiens en Vaucluse, a été assimilé à des divergences d’ordre idéologique et pastoral. Elles auraient creusé un fossé profond entre un évêque porté sur la nouvelle évangélisation, affichant ses positions « sans concession » sur l’avortement, l’homosexualité ou l’islam, et des laïcs attachés à l’héritage de Vatican II.

« Tout devait passer par lui »

Une longue enquête et environ 35 entretiens, révèlent une réalité tout autre. Une dizaine de prêtres diocésains, dont la moitié se dit de sensibilité plutôt conservatrice et dont certains affichaient au début une certaine proximité avec Mgr Cattenoz, ont témoigné auprès de La Croix d’une autorité épiscopale exercée de manière abusive : manque d’écoute et de concertation, prise de décision solitaire et souvent perçue comme arbitraire, brimades et pressions diverses. Mgr Cattenoz, désormais en retraite dans le diocèse de Bayonne, n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations.

Un de ses anciens proches collaborateurs se souvient que l’évêque l’« appelait à toute heure du jour ou de la nuit » ; un curé du centre d’Avignon raconte qu’il prenait des décisions contraires à quelques mois d’intervalle, et que « tout devait toujours passer par lui » ; un prêtre du nord du département confie s’être vu accuser d’avoir « piqué dans la caisse de sa paroisse » le jour où il s’était opposé à l’évêque. L’alcoolisme et l’homosexualité supposés de certains prêtres, également, semblaient « obséder » Mgr Cattenoz, indiquent de nombreuses sources, relatant des « flicages » ainsi que des « déballages » publics concernant l’intimité de tel ou tel, y compris devant des laïcs, ses dires étant parfois avérés.

« Après les abus sexuels, les abus d’autorité seront le prochain gros scandale de l’Église », estime le père Baudouin Ardillier, curé de la paroisse Saint-Ruf d’Avignon, qui dit n’avoir « rien vu » du problème pendant plusieurs années. Aujourd’hui marqué par les abus commis au sein de sa propre communauté, ce frère de Saint-Jean a peu à peu identifié certains éléments communs au diocèse du Vaucluse. Comme la « destruction des contre-pouvoirs » (notamment par l’affaiblissement du conseil presbytéral), une « théologie manipulatrice » (un prêtre affirme par exemple avoir entendu Mgr Cattenoz dire à plusieurs reprises : « Enlève ma tête, mets celle de Jésus à la place, et tu sauras à qui tu obéis quand tu m’obéis ») et la mise en place d’un « système de soumission » autour de sa personnalité (perçue comme « providentielle » face à un clergé « dissolu et mal formé »).

Démissions et dépressions

Une partie des laïcs travaillant à l’archevêché, estimant encore aujourd’hui qu’il avait « fort à faire » avec des prêtres diocésains « rétifs à l’autorité », lui sont en effet restés fidèles, de même que la majorité des nombreux prêtres étrangers du diocèse – leur présence, comme celle de communautés étrangères, était un axe fort de l’épiscopat de Mgr Cattenoz. Quant aux laïcs résidant ailleurs dans le département, une partie lui est reconnaissante pour « l’impulsion » missionnaire donnée au diocèse et pour son « parler clair » dans les médias… tout en avouant ne pas l’avoir approché de près. « On se portait très bien loin d’Avignon », estiment plusieurs catholiques rencontrés.

La situation, en effet, semblait s’y détériorer inexorablement. Après quelques premiers départs isolés, les huit doyens du conseil presbytéral démissionnent en 2009, geste pour le moins spectaculaire. De plus en plus de prêtres, par « peur » de l’évêque ou pour marquer leur désaccord, cessent de se rendre à d’importants rendez-vous, comme la messe chrismale. Deux presbyteriums se dessinent peu à peu : « pro » et « anti » Cattenoz. Un climat de suspicion s’instaure. Certains prêtres disent aujourd’hui se revoir après quinze ans sans relations.

Au niveau personnel, ils sont plusieurs à avoir connu insomnies, crises d’angoisse et dépressions, nécessitant parfois un suivi psychologique, une hospitalisation ou un éloignement durable d’Avignon. Le père Dominique Vallon, ancien vicaire général de Mgr Cattenoz, est ainsi au service du diocèse de Tahiti depuis 2016. « J’ai été un peu présomptueux : j’ai cru que ma démission aurait un effet au niveau de la nonciature. Cela n’a pas été le cas. »

Déficit de 2 millions d’euros

Cette incompréhension, beaucoup la partagent. Car outre les quelques prêtres qui disent avoir tenté de convaincre Mgr Cattenoz de démissionner, plusieurs ont multiplié (tout comme les laïcs de Chrétiens en Vaucluse) les démarches auprès du nonce apostolique, de l’archevêque métropolitain (celui de Marseille) ou du président de l’épiscopat. « On nous répondait toujours la même chose : patientez et priez », rapportent les intéressés, supposant tantôt la présence de soutiens de Mgr Cattenoz au Vatican, tantôt l’impuissance de l’institution face au problème ou sa tendance à minimiser celui-ci.

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En 2018, le diocèse d’Avignon est rattrapé par une réalité bien concrète : un déficit d’environ 2 millions d’euros, dû à une pastorale coûteuse, et qui fit l’objet de très peu de concertation. « Cela fait au moins dix ans que le budget du diocèse est déséquilibré, mais jusqu’en 2018 il était compensé par les legs », explique Jean-Claude Paret, qui a présidé une commission de rénovation financière en 2019. « Membre du conseil diocésain des affaires économique, j’ai alerté l’évêque dès 2012, mais il disait que la Providence ferait le nécessaire. Personne ne semblait capable de s’opposer à lui. »

Moins d’un an avant son départ à la retraite, en février 2020, Mgr Cattenoz inaugure, pour le compte du Chemin néocatéchuménal dont il est proche, un séminaire à Sorgues… financé par le diocèse à hauteur de 4 millions d’euros, ce qui achève d’assécher sa trésorerie. Si l’évêque d’Avignon avait affirmé publiquement que ce projet ne coûterait rien au diocèse, il a été par la suite révélé que le Chemin néocatéchuménal n’avait pas signé de convention de remboursement.

Accusant leur ancien évêque d’avoir « ruiné le diocèse, sur le plan humain, spirituel et financier » et estimant ne « pas avoir été véritablement écoutés », plusieurs prêtres du Vaucluse demandent aujourd’hui à l’épiscopat la mise en place d’une commission d’écoute.

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Un diocèse en grande difficulté financière

♦ Le diocèse d’Avignon compte 84 prêtres en activité et une dizaine à la retraite ou en année sabbatique.

♦ Les prêtres étrangers (fidei donum) ont constitué jusqu’à 62 % du clergé en 2018. Leur nombre a été réduit depuis pour faire face aux grandes difficultés financières du diocèse.

♦ Le déficit, qui s’élevait à 2 millions d’euros en 2018, a été réduit à environ 1,2 million (amortissements inclus) grâce à des mesures d’économie prises en urgence (réduction de la masse salariale, autonomisation financière de communautés nouvelles, etc.).

♦ Pour financer le déficit en 2021, un impôt exceptionnel est prélevé sur les paroisses du Vaucluse. »


Chrétiens en Vaucluse, après échanges et débat, a tenu à adresser ses réflexions concernant cet article au Directeur de La Croix, Guillaume Goubert, vous en trouverez ci-après le texte (envoi courriel du 29/06/2021) :


Monsieur,

Suite à l’article de La Croix du 12/06/2021 sous la plume de Mélinée Le Priol, le groupe des animateurs de l’association « Chrétiens en Vaucluse » souhaite vous faire part de ses réflexions.

Nous avons certes apprécié que soient enfin clairement énoncées les dérives et les souffrances de notre diocèse pendant 18 ans (18 ans de silence de l’Eglise !) sous la conduite d’un archevêque controversé et brutal. Toutefois, la tonalité même de l’article a désagréablement surpris plus d’un d’entre nous.

Après de nombreux articles de La Croix traitant précédemment les faits signalés par Chrétiens en Vaucluse avec une prudence dubitative qui confinait à l’aveuglement, était-il bien opportun de venir ainsi « au secours de la victoire », maintenant que l’archevêque en question a été écarté, et que son successeur est nommé ? Faire amende honorable avec une simple présentation factuelle nous aurait paru plus adapté à la situation.

L’article adopte en effet une tonalité particulièrement combative en faisant porter l’essentiel des accusations par les prêtres du diocèse. Ceux-ci apparaissent ainsi comme des revanchards de dernière minute : voilà qui contribue encore à creuser les fractures dont a tant souffert notre diocèse, et ne facilitera sans doute pas la tâche du nouvel archevêque : la réaction virulente et immédiate de l’évêque de Bayonne en témoigne… Il nous eût paru plus habile d’équilibrer leurs paroles avec celles de laïcs. En conférant un tel poids d’exclusivité à la parole des clercs, vous les desservez et vous confortez une vision très étroitement cléricale de l’Eglise.

A cet égard les allusions faites dans l’article aux prises de positions régulières de Chrétiens en Vaucluse laissent planer un doute diffus sur l’effet contreproductif que ces réactions de laïcs se réclamant de Vatican II auraient pu avoir auprès des responsables de l’Eglise, effrayés par un tel activisme. Nous observons une fois encore que les lanceurs d’alerte ont toujours tort d’avoir raison trop tôt. Nous aurions aimé que vous reconnaissiez au moins à Chrétiens en Vaucluse ce rôle, tenu dans la persévérance, voire l’obstination, alors que les prêtres devant l’inertie de leur Eglise étaient contraints au silence pour tenter d’éviter d’être l’objet de représailles sauvages de la part de leur évêque.

Encore aurait-il fallu que vous rencontriez les responsables de l’association Chrétiens en Vaucluse et notamment son président chargé de nous représenter. Nous ne nous expliquons pas votre choix délibéré de l’avoir écarté de vos entretiens.

Avec nos remerciements pour le travail journalistique de La Croix souvent pertinent, et dans le souhait que notre lecture attentive et fidèle contribue à le bonifier encore. »

Pour l’Association Chrétiens en Vaucluse,

Les membres de son Conseil d’Administration et équipe d’animation


Guillaume Goubert, directeur de La Croix nous a fait parvenir la réponse suivante :


Je vous remercie de m’avoir fait part de ces réactions et je vous exprime ma gratitude pour le dernier paragraphe. Il aide à accepter ce qui précède…

Cela me fait un drôle d’effet, en rédigeant cette réponse, de devoir utiliser des arguments que j’ai adressé dans les mêmes termes à ceux qui nous ont reproché d’avoir « lynché » Mgr Cattenoz.

« Venir au service de la victoire » ? Nous avons l’usage à La Croix lorsqu’un nouvel évêque arrive dans un diocèse de venir faire un reportage sur place. C’est ce que nous avons fait pour Avignon. Mélinée Le Priol a constaté une situation qui, à nos yeux, a mérité un développement plus important que pour les autres diocèses. Si nous ne l’avions pas fait, je pense que vous nous l’auriez reproché.

Je récuse le terme « prudence dubitative » sur la manière dont nous avons rendu compte précédemment des initiatives de Chrétiens en Vaucluse. Vous pouvez nous reprocher de ne pas leur avoir accordé plus de place. Mais le terme « dubitatif » relève du procès d’intention. Tout comme cette phrase selon laquelle l’article aurait cherché à laisser « planer un doute diffus sur l’effet contreproductif que ces réactions de laïcs se réclamant de Vatican II auraient pu avoir auprès des responsables de l’Eglise, effrayés par un tel activisme ».

Au passage, je trouve très étonnant que votre animosité à l’égard de La Croix sur cette affaire vous amène à entériner sans autre commentaire l’appel au boycott lancé par Mgr Aillet.

Dernier point : des membres de Chrétiens en Vaucluse ont été interrogés durant cette enquête, vous le savez certainement. Si l‘article cite beaucoup de prêtres, c’est simplement parce qu’il est très inhabituel qu’ils s’expriment aussi ouvertement dans une pareille situation.

Voilà ce que voulais vous dire, non sans tristesse. Cependant, comme vous le dites dans le dernier paragraphe, de tels retours nous aident à faire mieux la fois suivante.

Respectueusement

Guillaume Goubert

  1. Rassemblement ACAT du 2 octobre prochain, à 14h au Temple St Martial

A l’occasion de son Rassemblement Régional, l’ACAT invite à participer à une conférence au cours de laquelle deux témoignages seront portés :

– Témoignage de Clément Boursin, responsable « programme et plaidoyer Afrique » à l’ACAT et spécialiste du Rapport Mapping (impunité en RDC face aux exactions commises depuis 1990).

– Témoignage du pasteur Rabbi Ikola Jacob , réfugié politique du Congo (RDC), engagé dans des associations qui cherchent la dignité de l’homme et la justice. Une célébration œcuménique couronnera, pour ceux qui le souhaitent, cet après-midi. 

  1. Un nouvel archevêque… et Chrétiens en Vaucluse

C’est avec une grande joie et un immense soulagement que nous accueillons la nomination de notre nouvel archevêque, Mgr François Fonlupt.

Comme indiqué dans les statuts de l’association Chrétiens en Vaucluse, nous souhaitons dans cette période d’apaisement et de reconstruction de notre diocèse :

  • Contribuer au développement de la réflexion sur la place et l’action de chacun dans l’Eglise de Vaucluse par tous moyens : ateliers de réflexion, production d’écrits, organisation de débats, de conférences, de colloques…
  • Promouvoir la mission apostolique des laïcs dans le respect des convictions de chacun : conduire et animer des actions porteuses des préceptes évangéliques, participer à des activités respectueuses de ces principes, en son nom ou en partenariat avec des groupes ou associations.

Nous prévoyons donc d’organiser en septembre ou octobre 2021 une journée de réflexion et de propositions, élargie à tous les chrétiens du Vaucluse que cette initiative intéresse, pour nous interroger sur l’avenir de notre diocèse, et la place que CEV pourrait y prendre dans un esprit d’ouverture et de réparation. Comment s’inscrire dans la démarche synodale évoquée par notre nouvel archevêque, sur les pas du pape François, pourrait constituer une piste de réflexion.

  1. Quelques lectures qui nous ont intéressés
  • Catholique en liberté, René Poujol (une fiche de lecture sera proposée en septembre)
  • Pourquoi aller à l’église ? Thimothy Radcliff  (note de lecture dans la rubrique correspondante du site)
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