Compte-rendu de la reunion du 14 decembre dernier YMCA

Dans son mot d’accueil, René Moulinas, après avoir remercié tous ceux qui étaient là pour leur présence, a retracé rapidement l’historique de Chrétiens en Vaucluse depuis les premières manifestations dès mai 2008, en réaction à l’exil du père Pierre Averan hors du diocèse, ensuite la mise en place d’une organisation plus structurée en février 2009 après la démission de la plus grande partie du conseil presbytéral, pour fournir un soutien aux prêtres indignés par le comportement de leur évêque envers eux-mêmes et envers de nombreux diocésains , puis la longue série de démarches auprès du nonce, du président de la conférence des évêques de France, de Mgr Pontier, archevêque de Marseille, et de Mgr Cattenoz lui-même, culminant dans une manifestation sur la place publique le 9 janvier 2011 pour obtenir qu’il renonce à des fonctions pour lesquelles il n’est manifestement pas fait.

Même si notre action n’a pas été inutile nous n’avons pas réussi sur ce point . C’est pourquoi, sans renoncer à son rôle de vigilance par rapport à la gestion du diocèse, CEV s’oriente maintenant vers d’autres actions parallèles, plus positives, à mener dans l’esprit du nouveau pape François. Cela demande une force d’impulsion puissante et des capacités de réactivité et d’imagination que, à plus de 80 ans, il ne possède plus. C’est pourquoi, tout en continuant à faire partie de l’équipe d’animation, il souhaite que d’autres que lui assument les responsabilités principales de ces nouveaux projets dont il va être question maintenant.

1 Dans un premier temps nous avons mis en commun de nos peurs :

-nous sommes très soucieux de la crise économique et de ses conséquences sociales : la fracture de plus en plus visible dans notre société, qui entraîne repli sur soi, agressivité, peur des autres (l’étranger…). Le vivre-ensemble est altéré.

-peur de la montée des extrémismes, désarroi politique (le FN)

-dans l’Église :

  • le vieillissement, la fuite des jeunes (où sont les JMJistes ?), les églises se vident.
  • Le climat de critiques est mal vécu. Les silences de l’Église, pourtant interpellée, sont pénibles.
  • La collaboration prêtres-laïcs reste problématique.

-dans le Vaucluse, beaucoup de nouveaux prêtres, introduits sans préparation par l’évêque, pas toujours compréhensibles pour les paroissiens, peu au fait des mouvements de l’Eglise de France. L’impression d’un nouveau climat, mal maîtrisé.

2 Intervention du Père Bruno Marie Duffé

1° Qu’est ce que la peur ?

La peur de paveo : être saisi par un sentiment violent

Echo en nous d’une violence extérieure, d’une onde de choc qui vibre jusqu’à à l’intime de nous-mêmes

Une parole, un regard, une posture, une décision arbitraire qui n’a pas laissé de place à la parole, vécus comme une intrusion qui nous prend, qui touche à l’équilibre toujours fragile de notre être

Que devient la confiance en l’autre ? Sur qui puis-je vraiment compter ?

La peur interroge nos convictions.

L’effet est psychosomatique La peur produit l’in-quiétude, jamais en repos, l’absence de paix

Pour obtenir un effet, une condamnation, on utilise la peur de l’enfer, du jugement de Dieu.

Les dérives totalitaristes, veulent tout contrôler, montrer qu’on a la vérité sur tout

Primo Levy, Édith Stein ont invité à une école de résistance pour ne pas mourir de peur

2° Qu’est ce qui nous fait peur ?

  • la violence physique : refus de l’autre. (le viol : captation de l’autre qui devient un objet). La méfiance d’un jugement déjà posé. La méconnaissance – une construction qui prétend savoir avant tout échange.

Une occupation de l’espace entre les personnes (qui leur permet de se parler) par un pouvoir qui a réponse à tout,

Cette violence humilie la parole qui devient impossible, alors que pour devenir hommes, nous nous risquons à parler :

L’idéologie dit à l’avance ce qu’on doit penser, alors que la pluralité des points de vue est nécessaire. C’est la mort.

  • la culpabilité, entretenue en nous par un abus de pouvoir, nous enferme dans la logique de nos actes, nous ferme à l’espérance. Le « Va et ne pèche plus » de l’Evangile nous fait sortir de la culpabilité. Le Christ rouvre l’espace par le pardon ; la personne n’est pas réduite à son acte, à son statut. Jamais Jésus ne réduit la personne à ce qu’elle a pu faire.
  • l’incompréhension : la brisure de la reconnaissance – « nous ne sommes pas de ce même humus», de cette même terre, de cette même humanité. L’humilité consiste à reconnaître notre humanité, l’humus c’est notre fragilité.

Nous avons tous besoin de considération ( considérer = s’asseoir auprès de quelqu’un) Déjà être nommé par son nom.

Comprendre, c’est prendre ensemble, faire le lien entre passé, présent et avenir : pouvoir dire son espérance. Incompris, nous ne savons plus où nous en sommes.

  • Proximité de la mort : non seulement de la mort biologique, mais de la solitude et de la souffrance ; de la mort relationnelle, affective, sociale ; de la brisure de la relation.

3 °L’Écriture dans les deux Testaments, nous dit « N’aie pas peur »

Comment traverser la peur ? Notre expérience croise la mémoire des croyants de la Bible.

A) Genèse 3,10 « j’ai eu peur – dit Adam – parce que je suis nu et je me suis caché. Je ne suis pas comme toi, je suis mortel

Lorsque Adam et Eve ont fait l’expérience de leur humanité mortelle Dieu ne les condamne pas, il condamne le serpent !

Ils ont fait la découverte de leur humaine faiblesse : nous sommes humains devant Dieu et ne sommes pas Dieu. Mais il faut continuer à se parler : Dieu va même protéger Caïn, il l’assure de sa protection (je prendrai soin de toi).

Notre Dieu est plus grand que la peur. Il nous fait passer de la peur à l’espérance ; à la confiance en lui et en nous-mêmes.

B) Isaïe 43, 1-2 « N’aie pas peur, Je t’ai racheté. Je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi ; Si tu passes par les eaux, je serai avec toi ; par les fleuves ils ne te submergeront pas. Si tu traverses le feu, tu ne te brûleras pas, car je suis les Seigneur ton Dieu »…

Nous sommes des êtres de la traversée

C) – Mt 25 la parabole des talents : « j’ai eu peur de toi, je sais que tu es un maître dur » [et le talent que tu m’as donné je l’ai caché].

Comment s’appuyer sur ce que nous avons reçu : « Je pourrais peut-être dire quelque chose, mais j’ai peur ».

Comment encourager qui a peur pour qu’il développe son talent ?

Mt 14, 22-33 Le Christ vient vers les disciples en marchant sur les eaux : « N’ayez pas peur ». Ils furent troublés, mais Jésus parle. La foi fait sortir de la peur. Jésus a appelé Pierre au cœur de son désarroi. Après la résurrection (Jn21), « ils savaient bien que c’était le Seigneur ».

Trois choses : la peur, l’appel (Viens), le risque : marcher sur les eaux, aller vers l’inconnu.

L’espérance comme défi

  • Tous les récits de foi sont des récits de traversée et d’espérance, jamais d’installation.

Abraham part vers un pays qu’il ne connaît pas. Abraham crut et se mit en marche.

Notre foi est une espérance, la capacité de dépasser la peur (L’Avent est l’espérance d’une naissance en nous, d’une nouveauté). Attendre un enfant c’est une « grande espérance »

  • Espérer c’est travailler pour demain, continuer à parler pour faire advenir demain.

Rôle du témoin : Etre témoin consiste à transmettre : ce que j’ai reçu je te le donne, au sein d’une communauté.

Une communauté qui fait mémoire et qui partage le pain, le vin, l’espérance, dans l’acte de célébrer.

Une communauté attentive au service du frère.

Cf : la première communauté chrétienne dans les Actes des Apôtres : ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres, et à la fraction du pain, à la prière et au partage de la parole, du pain et des biens matériels : Témoignage, célébration, solidarité fraternelle.

  • Tout cela fait venir le Royaume de Dieu apporté par le Christ, Royaume qui est infiniment plus grand et qui transcende les formes contingentes, historiques de l’institution Eglise. Le Royaume est l’invitation du Père, par le Christ, à fraterniser avec tous les hommes.
  • Expérience de la Pâque : espérer contre toute peur, c’est reconnaître que le Christ est présent auprès de nous.

Au milieu des disciples peureux, le Christ apporte paix, pardon ; il donne l’Esprit Saint avant de les envoyer.

  • Marie de Magdala « un doux pouvoir la fit se retourner vers Celui sui l’appelait. »

(Raymund Schwager : Le Drame intérieur de Jésus (Edition Salvator). L’écart de Jésus par rapport aux institutions. )

Au matin de la résurrection c’est quand Jésus dit « Marie » qu’elle le reconnaît

Ce qui nous sauve de la peur c’est d’entendre le Christ prononcer notre nom. Et même si nous ne l’entendons pas, Il prononce notre nom auprès de son Père.

Dans les remarques : l’Eglise a peur de disparaître, de perdre le pouvoir et l’influence, de ne plus contrôler ; elle a peur de la main mise par les fidèles au détriment des clercs ; tout ceci provoque un recentrage.

Pourtant, l’Eglise baptisée et réunie au nom du Christ est comblée du « sensus fidelium », elle ne peut pas se tromper quand elle se veut fidèle au Christ. Les laïcs peuvent passer de la peur à la prise de parole, comme cela s’est fait à la Pentecôte. Il faut retisser une communauté autour de la Parole. Le dialogue entre les croyants produit un discernement, une force intérieure, une liberté par la grâce du baptême.

Le rôle du prêtre est de rendre possibles des lieux de paroles.

3 Proposition de mise en place de groupes de réflexion :

A l’issue de l’exposé du père Duffé et du débat qui s’en est suivi, il a été proposé de mettre en place en différents points du diocèse des groupes de rencontre (de travail) afin de poursuivre la réflexion sur notre espérance de foi.

Chacun était invité à s’inscrire sur un grand panneau où étaient positionnés les grands secteurs du Vaucluse.

Ces groupes qui vont ainsi se constituer seront invités, à partir des priorités du Pape François qui est en train de redynamiser notre Eglise :

  • A échanger sur les enjeux nouveaux qui se présentent à nous,
  • A se poser toutes les questions sur notre façon de vivre notre foi en s’enrichissant s’enrichissant mutuellement
  • A faire des propositions pour une traduction dans les faits et dans notre diocèse des priorités nouvelles de notre Eglise
  • A prendre des initiatives utiles pour que progresse ce printemps de l’Eglise

(Une synthèse des 10 priorités a été remise aux participants de la journée)

En fonction des inscriptions, nous finaliserons la constitution des groupes par secteur géographique et des animateurs provoqueront les premières rencontres.

Nous prévoyons un rendez vous général en mai 2014 pour capitaliser tous les travaux, les réflexions et les initiatives.

Chacun est invité à parler de cette démarche autour de lui (sa paroisse, son mouvement d’Eglise, son quartier, ses relations). Il est aussi invité à en parler aux prêtres dans les paroisses pour que ceux-ci puissent participer à ce mouvement et s’en faire le relai.

Très prochainement des informations seront données sur la mise en place de cette initiative.

4 Prière Finale

Viens Esprit de Sainteté, viens Esprit de lumière

Viens Esprit de feu, viens nous embraser

D’où vient ce Feu

Attisé par l’Esprit ?

D’où vient ce Feu

Qui rapproche les races ?

D’où vient ce Feu

Qui nous prend dans le cœur ?

D’où vient ce Feu

Qui consume nos guerres ?

D’où vient ce Feu

Qui nous force au pardon

D’où vient ce Feu

Qui nous donne des frères ?

D’où vient ce Feu

Qui dissout nos frontières ?

D’où vient ce Feu

Qui nous garde en genèse

Je suis venu apporter le Feu sur la terre !

Tout mon désir est de le voir enfin brûler. (D.RIMAUD)

Psaume 26

Le Seigneur est ma lumière et mon salut ;

De qui aurais-je crainte ?

Le Seigneur est le rempart de ma vie ;

Devant qui tremblerai-je ?

J’ai demandé une chose au Seigneur ;

La seule que je cherche :

Habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie,

Pour admirer le Seigneur dans sa beauté et m’attacher à son temple.

Si des méchants s’avancent contre moi

Pour me déchirer,

Ce sont eux mes ennemis, mes adversaires,

Qui perdent pied et succombent.

Oui, il me réserve un lieur sûr

Au jour du malheur ;

Il me cache au plus secret de sa tente,

Il m’élève sur le roc. (…)

Qu’une armée se déploie devant moi

Mon cœur est sans crainte ;

Que la bataille s’engage contre moi,

Je garde confiance.

Ecoute Seigneur, je t’appelle ! Pitié ! Réponds-moi !

Mon cœur m‘a redit ta parole : « Cherchez ma face. »

C’est ta face, Seigneur que je cherche :

Ne me cache pas ta face.

J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur

Sur la terre des vivants.

Espère le Seigneur, sois fort et prend courage ;

Espère le Seigneur.

Gloire au Père, au Fils, au Saint Esprit

Pour les siècles des siècles. Amen !

LA PAROLE DE DIEU

LC 12, 22…32

Jésus dit à ses disciples : « Voilà pourquoi je vous dis : ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous vous vêtirez. Car la vie est plus que la nourriture et le corps plus que le vêtement. (…) Ne cherchez pas ce que vous mangerez ni ce que vous boirez, et ne vous tourmentez pas. Tout cela, votre Père sait que vous en avez besoin. Cherchez plutôt son Royaume, et cela vous sera donné par surcroît. Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. »

LOUANGE ET INTERCESSION

NOTRE PERE

Oraison

Jésus, Verbe de Dieu, tu es la vraie lumière et le Sauveur du monde : avec toi, de qui aurions-nous peur ?

Jésus, Christ et Seigneur, tu es vainqueur de l’Adversaire : en toi, de qui aurions-nous peur ? Jésus, Fils bien-aimé, tu es le Rocher véritable: prenant appui sur toi, de qui aurions-nous peur ?

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