Compte rendu de la rencontre organisée par « Chrétiens en Vaucluse » (CEV) le Samedi 25 Mai 2013

Le mouvement de Chrétiens en Vaucluse a été lancé, dans un contexte de forte tension au sein de l’Eglise d’Avignon pour recréer les conditions d’instauration d’un véritable dialogue et pour vivre sa foi de chrétien avec toute son intensité.

Ensemble, nous avons progressé dans nos réflexions, nous avons rencontré beaucoup de personnes. Beaucoup ont participé à des actions et  à des ateliers.

Il convient de maintenir cette démarche porteuse d’espérance en puisant notamment dans les signes donnés, dès son élection,  par le Pape François.

Pour faire le point et pour avancer encore, une grande rencontre d’échange a eu lieu Le Samedi  25 Mai de 14h30 à 18H30 à Avignon

Cette rencontre qui se voulait largement ouverte a permis  l’expression des attentes et des propositions dont nous avons besoin au sein de l’Eglise.

Après un temps de prière en commun plusieurs temps ont marqué la rencontre.

I/ Rappel de l’historique du mouvement et bilan de l’activité (Synthèse de l’intervention)

Après de nombreuses réactions individuelles contre le comportement de notre évêque, les premières démarches collectives qui ont été organisées se sont traduites par  les protestations contre le départ du diocèse de Pierre Avéran en mai 2008 mais la véritable histoire du groupe qui prendra le nom de «  Chrétiens en Vaucluse » (CEV) commence en février 2009 après la démission massive des doyens du conseil presbytéral suivie par celle du vicaire général d’alors : un texte de soutien aux prêtres est diffusé avec de nombreuses signatures.

Au printemps 2009 a lieu une rencontre de 4 d’entre nous avec monseigneur Pontier à Marseille et des lettres collectives sont envoyées au Nonce, au Président de la conférence des évêques de France et autres.

Un dossier rassemblant les griefs contre l’évêque est constitué. En janvier 2010 Mgr Cattenoz est convoqué à Rome mais il en revient réconforté dans ses convictions après une entrevue en tête à tête avec Benoit XVI.

Une grande assemblée à Sorgues en mars 2010 rassemble environ 120 signatures sur une lettre collective à l’évêque qui énumère les principaux griefs contre son attitude et ses décisions. Elle lui est remise le 8 mars et provoque une rencontre entre lui et 4 d’entre nous le 22 avril 2010 sans effet notable.

En juin 2010 une équipe d’animation d’une dizaine de personnes est constituée et le nom de CEV est adopté. Des groupes d’enquête et de réflexions sont mis en route sur différents thèmes et commencent leur travail en septembre. Un blog CEV est mis en place sur internet.

En décembre, des mesures de mise à l’écart contre le père Olivier Pety exaspèrent l’opposition contre la gouvernance de l’évêque. Une «  spirale de silence » est décidée pour le dimanche 9 janvier 2011, sur la place publique puisque les portes de l’archevêché sont fermées. L’annonce de cette manifestation est reprise dans le journal «  le monde » du 7 janvier 2011 dans un long article sur Mgr Cattenoz intitulé «  le Prélat de la discorde ». Cet article provoque une grande agitation médiatique.

La journée du 9 janvier et un indéniable succès (plusieurs centaines de participants malgré la pluie) largement médiatisée par la presse régionale et nationale et les chaines de télévision.

A la suite de cette manifestation, Mgr Cattenoz propose des réunions régulières entre six porte-parole de CEV et un nombre égal de membres des conseils diocésains pour des échanges sur les points de désaccord.

Quelques réunions (réduites à 4 participants de chaque côté) ont lieu mais en juin 2012, la décision est prise de ne pas les poursuivre car elles apparaissent comme un simple moyen pour l’évêque de se donner le beau rôle et de faire baisser les tensions sans influencer en rien son comportement.

Les résultats des enquêtes des différents groupes sont publiés sur le blog de CEV au début 2012 et communiqués à l’Evêque (chacun retrouvera tous les comptes rendus sur chretiens-en-vaucluse.over-blog.com)

Depuis lors, CEV poursuit son travail de veille, proteste contre les comportements jugés inadmissibles dans l’Église d’Avignon et participe activement à des assemblées inter mouvements et interconfessionnelles (décembre 2012 à Villeneuve sur le service du frère). Le contact est maintenu avec les «  prêtres en souffrance ».

Au point de la situation actuelle, l’équipe d’animation a provoqué cette rencontre pour que soit établie  une nouvelle définition des objectifs et susciter des renforts.

II/ Les grandes questions qui nous sont posées au sein du diocèse de  l’Eglise d’Avignon et débat.

L’analyse de l’évolution de la situation du diocèse depuis 2012, époque du dernier état des lieux,  est exposée en 5 chantiers particulièrement suivis par CEV:

2-1/ Les priorités du diocèse

L’initiative « Diaconia 2013 » lancée par la conférence des évêques de France en 2011 n’a toujours donné lieu à aucune réalisation jusqu’à la rencontre finale de Lourdes en mai 2013. Le Secours Catholique a organisé quelques gestes d’accueil localisés, et plusieurs de ses membres se sont invités à Lourdes, mais il n’y a eu aucune tentative pour créer un mouvement plus large d’appel à la solidarité dans les communautés chrétiennes (en particulier dans les paroisses). Les demandes du CCFD d’engager une action commune n’ont même pas reçu de réponse. Nous n’avons pas pu aller au-delà après notre rencontre de décembre 2012 sur « le service du frère ».

L’année de la Foi a  donné lieu à peu de manifestations.

Le diocèse reste en marge de ces initiatives de l’Eglise de France, et de l’Eglise universelle.

2-2/ Les communautés nouvelles

Toujours le même secret sur le Néo-Catéchuménat, dont  nous ne pouvons connaître ni les actions locales, ni les personnes engagées dans ce qu’on  nomme maintenant clairement « séminaire du diocèse » à Châteauneuf de Gadagne.  Les implications budgétaires pour le diocèse sont encore inconnues, les retombées en termes de prêtres futurs  sont floues.

D’autres Communautés, comme le Pantocrator à Sorgues, ne sont pas assez impliquées dans la vie des paroisses.

2-3 /L’œcuménisme

Chantier carrément délaissé par les prêtres et la hiérarchie catholique locale. Il a fallu aller chercher une paroisse extérieure  au diocèse l’an dernier pour la célébration de la semaine de l’unité ; des célébrations communes pour des mariages mixtes ou baptêmes, proposées par les pasteurs protestants ont été refusées ; des détenus « non catholiques » qui souhaitaient assister à une messe à la prison du Pontet se sont vus  rejetés .A RCF, malgré l’accord de ses collègues, la pasteure a été refusée par la direction de RCF 84 comme responsable de  l’émission « Agapè », qu’elle animait depuis des années. Le prêtre délégué à l’œcuménisme a été remplacé par un autre  responsable dont on connaît le peu d’enthousiasme pour cette cause.

De nombreux catholiques maintiennent toutefois des liens  avec la communauté protestante, en particulier avec l’Eglise Réformée d’Avignon.

2-4/ Le dialogue interreligieux

Non seulement délaissé lui aussi par les prêtres du diocèse, à l’exception de deux d’entre eux, mais soumis à rude épreuve par une propagande insistante contre la religion musulmane : des conférences (Annie Laurent, le P. Emmanuel Berger, le P. Soubeyrand) insistant sur les côtés dangereux du Coran et allant jusqu’à des propos insultants pour les musulmans ; un Forum « nouvelle Evangélisation » qui s’ouvre par une séance : « évangéliser les musulmans » (ND de Kabylie) ; une mise en accusation par l’évêque, à la suite d’un vol de portable, des « personnes de la religion musulmane » qui auraient « pris la main sur le quartier », ce qui expliquerait  la montée de la délinquance.

Là encore, des laïcs restent actifs, en particulier par les initiatives du CERCA, qui propose une formation sérieuse et approfondie sur l’Islam, et du Secours Catholique qui se soucie de faire connaître cette religion (rencontre de Blauvac). Des initiatives privées continuent leur action (DIRE, le groupe islamo-chrétien, et des initiatives  dans les quartiers sensibles), sans soutien de la hiérarchie locale.

2-5/ Rôle de l’évêque, des prêtres, des diacres et des laïcs

C’est le dossier le plus lourd, par ses conséquences sur toute la vie du diocèse.

Les recrutements de nombreux prêtres à l’étranger, qui continuent, ne s’accompagnent pas d’un effort d’insertion et d’accueil au-delà d’un apprentissage de la langue. Dans de nombreuses paroisses  une incompréhension subsiste, qui fait souffrir à la fois des prêtres arrivants et des fidèles déroutés. Le clergé diocésain est tenu à l’écart ou se tient à l’écart, il n’y a pas de véritable rencontre fraternelle entre les anciens et les nouveaux. Nous ne savons s’il y a une évaluation de cette situation, ni qui la conduit.

Des prêtres sont réprimandés s’ils ne suivent pas un rituel imposé (cérémonie pénitentielle, obsèques, communion sous les deux espèces…), parfois des accusations sont lancées contre eux par leur évêque. Les changements de poste semblent fréquents, sans que nous sachions à quoi cela est dû : ceci aggrave parfois le manque d’intégration. Les fidèles dans ce cas ne sont pas consultés.

Pour le projet pastoral du diocèse, après la consultation qui a été menée auprès des mouvements et paroisses il y a un an, nous sommes toujours en attente de réponse ou de proposition.

Nous ne savons pas quelle formation est donnée aux laïcs engagés dans la préparation aux baptêmes, mariages, obsèques.

La formation permanente des laïcs relève d’initiatives libres  de laïcs soucieux de formation, accompagnés de prêtres volontaires, ainsi le CERCA (centre d’études  et de recherche des chrétiens d’Avignon), des groupes bibliques, des  groupes d’échanges. De même ce sont des laïcs qui portent le souci de la solidarité, dans de nombreux mouvements qui sont sur le terrain, sans recevoir d’encouragement et d’appui particulier. Du conseil de la solidarité nous n’avons aucune nouvelle et ne savons s’il existe encore.

III/ Travaux en ateliers : partage sur le vécu de chacun et sur les propositions et les attentes qui peuvent s’exprimer en tous les lieux du Vaucluse.

Les ateliers et les restitutions qui ont suivi ont permis des échanges sur ce qui était vécu au quotidien dans les paroisses, dans les mouvements et  de relater les sentiments vis-à-vis de la situation du diocèse.

Les différents points relatés dans le point III ont été commentés, largement confirmés  et illustrés par de nombreux exemples vécus parfois dans une grande souffrance. Des situations de manque de collaboration entre prêtres et laïcs ont été décrites en de nombreux endroits du diocèse. Des difficultés dans l’accueil de personnes en souffrance et  en situation familiale complexe ont été relatées. On assiste à des recadrages sur les rites au détriment de l’ouverture à la  vie communautaire et à l’ouverture aux autres.

Tout ceci sans ignorer de belles réalités qui donnent espoir.

Des pistes d’action ont été évoquées :

1/ Une attente très forte s’est exprimée vis-à-vis de « Chrétiens en Vaucluse » non pas pour que ce mouvement se substitue aux initiatives et mouvements mais pour qu’il soit une instance plus réactive et soit davantage  force de proposition. Il a été unanimement réclamé que CEV utilise au maximum sa mission de veille et de « porter à connaissance ». En particulier, il  a été demandé à ce que la hiérarchie catholique soit davantage interpellée sur ce qui se vit dans le diocèse et sur les nombreux manques qui sont constatés.

2/ Proposer la mise  en place de lieux d’échange et de partage sur l’évangile (cf. les échanges des groupes sur le livre de Joseph Moingt)

3/ Renforcer la pastorale d’été dans l’accueil des touristes

4/ Renforcer le dialogue avec les musulmans à partir du service des plus pauvres

5/ Prendre toutes les initiatives pour favoriser le dialogue œcuménique

6/ Travailler les conditions d’accueil des prêtres lors des nouvelles affectations. Créer les conditions du dialogue  et de la confiance.

7/ Les premières actions et messages du pape François apparaissent comme des possibilités d’espérance. Il convient de les faire connaître et de les porter dans notre diocèse.

 

IV/ Conclusions et perspectives :

Les échanges ont confirmé la nécessité que le mouvement de chrétiens en Vaucluse se poursuive et prenne une allure plus offensive vis à vis des choix de la hiérarchie catholique dans le diocèse.

Créer une cellule de crise au sein de CEV pour être en capacité de pouvoir diffuser rapidement des informations et assurer notamment des prises de position.

Informer la hiérarchie catholique des manques du diocèse et de la nécessité de reconsidérer la gouvernance et les choix pastoraux.

Proposer des initiatives et des échanges de bonnes pratiques dans le droit fil des propositions faites dans les groupes de travail.

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