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COMMUNIQUÉ – L’association Chrétiens en Vaucluse s’interroge sur le surprenant projet d’assainissement des finances du diocèse d’Avignon

Le groupe de travail réuni à l’initiative de Mgr Cattenoz, 7 mois avant la date de fin de son temps épiscopal (17 décembre 2020, date de son 75ème anniversaire) vient de rendre son rapport « Sur le financement des dépenses collectives du diocèse ». L’objectif annoncé est d’éviter le constat d’état de « cessation de paiement de l’archevêché »[1], dont les finances sont plombées par un déficit enfin reconnu.

L’association Chrétiens en Vaucluse vient d’en faire une lecture attentive qui appelle plusieurs remarques.

Un satisfecit étonnant prélude aux analyses et conclusions : « Au total chacun a passé un nombre d’heures conséquent sur les travaux réalisés avec un engagement appuyé, pour aboutir aux propositions (…). Les travaux ont été âpres, les échanges, les explications, l’écoute et l’enrichissement mutuel où l’esprit a soufflé, ont joué un rôle majeur pour aboutir à ce rapport. »[2]

Penchons-nous sur les analyses, conclusions et préconisations de ce groupe studieux et éclairé :

1) Au titre de l’analyse : «  Les comptes de l’Association diocésaine (Archevêché + paroisses) connaissent depuis une quinzaine d’années un déficit structurel annuel d’environ 2M€. (…) Ce déficit signifie que l’Association diocésaine (Archevêché + Paroisses) dépense plus que ses revenus le lui permettraient. »[3] Qu’on nous permette de remarquer que mettre en œuvre une procédure d’assainissement des comptes déficitaires depuis 15 ans, sept mois avant le départ de l’archevêque, ne semble pas relever d’une saine gestion.

2) Quant aux solutions stupéfiantes sorties du chapeau après ces travaux herculéens, elles reprennent en tous points les intentions de Mgr Cattenoz énoncées dans sa lettre aux prêtres du 29 mai dernier :

« Une solution : Le financement des charges collectives est réparti entre toutes les paroisses en fonction d’une clé de répartition à déterminer. » (Lettre de Mgr Cattenoz du 29 mai 2020)

Rapport de septembre 2020 : « Que la participation des paroisses au financement des dépenses collectives soit calculée en fonction d’une clé de répartition. »[4]

Le groupe de travail aurait-il été sous influence pour justifier ce qui était déjà décidé ?

Notons que la quasi-totalité de ses membres étaient partie prenante de la gestion problématique du diocèse toutes les années précédentes…

Au chapitre des économies réalisées depuis mai 2020, rappelées dans le présent rapport :

« Des mesures ont été mises en œuvre dès la mi-2020 :

  • Réduction du nombre de prêtres Fidei Donum (prêtres étrangers)
  • Limitation du financement des communautés et des formations des séminaristes
  • Baisse de la masse salariale des laïcs de l’Archevêché
  • Arrêt de l’école de langue. »[5]

On s’interroge sur la pertinence de chacune de ces situations anciennes, imposées par Mgr Cattenoz aux frais du diocèse (arrivées de nombreux prêtres étrangers, de nombreuses communautés étrangères, hypertrophie du nombre des salariés laïcs, etc…), qui ont contribué au déficit structurel. Un esprit naïf et mal intentionné pourrait penser que puisque ces situations sont si aisément susceptibles d’être rapportées, alors elles n’avaient pas vraiment lieu d’être, dans le cadre d’une gestion responsable du « déficit structurel ».

3) Le rapport décrit soigneusement la diminution des ressources (legs et dons) comme cause du déficit mais ne s’étend pas sur les décisions et investissements inconsidérés. Il est très brièvement fait allusion au « Séminaire Redemptoris Mater » qui cumule les tares peccamineuses :

  • Erigé au profit du mouvement « Le Chemin Néo-Catéchuménal », ce dernier, s’il a pris en compte les charges de 2020-21 (remboursement d’emprunt), n’a pas à ce jour contribué davantage à ce projet dispendieux, en dépit de toutes les assurances précédemment données par Mgr Cattenoz.
  • Pompeusement dénommé « séminaire », il ne s’agit en fait que d’une résidence de 20 chambres destinées aux séminaristes, les cours sont suivis à l’institut Notre Dame de Vie de Vénasque (coût quotidien du déplacement entre Avignon et Vénasque ???). A 4M€ soit 200 000€ la chambre, sans avoir à payer le terrain qui a fait l’objet d’un don : combien d’étoiles pour cet hôtel ? Il est vrai que la totalité du projet pharaonique initial chiffré à 13 millions d’euros a sombré, ne laissant plus que ce bâtiment onéreux, mal situé et peu fonctionnel pour l’usage auquel il est dévolu. Vous avez dit mauvaise gestion ?!…
  • Et une charge d’emprunt durable : «  Prêt à long terme de 2,5M€ sur 15 ans avec des mensualités de remboursement de 0,2M€ par an »[6], dixit le rapport. Sachant que la moitié du déficit de l’archevêché est imputable aux amortissements, était-il nécessaire d’aggraver le poids de la dette du diocèse pour un projet contestable ?

4) Un joli tour de passe-passe : « L’Association diocésaine (archevêché + paroisses) dépense plus que ses revenus le lui permettraient »[7], reconnaît le rapport.

Or il est dit dans ce même rapport « Du point de vue du droit canonique, les comptes des paroisses et du diocèse (ou archevêché) sont distincts et autonomes. »[8] Ce qui signifie que la législation de l’Eglise, dans sa grande sagesse, interdit qu’un évêché déficitaire (du fait d’une mauvaise gestion par exemple…) se serve dans les caisses des paroisses pour rétablir sa situation financière. La solution préconisée par le rapport de mise à contribution des paroisses est ainsi suspendue à l’accord des curés titulaires des paroisses. Il est donc vital pour Mgr Cattenoz de dramatiser la situation pour faire pression sur les prêtres, d’autant plus récalcitrants que, comme l’indique le rapport certaines paroisses disposent de réserves « provenant de (leur) bonne administration »[9].

Le rapport précise aussi : « Du point de vue du droit civil, dans le cadre de l’Association Diocésaine, les comptes sont confondus » [10](i.e. comptes des paroisses et de l’archevêché). Ce qui conduit Mgr Cattenoz à tenter un coup de force en direction des paroisses pour obtenir leur participation à l’apurement du déficit propre à l’archevêché. Et une menace est brandie, à peine voilée : « Si l’Archevêché se trouvait en situation de cessation de paiement, alors la justice civile pourrait désigner un administrateur judiciaire qui n’aurait aucun mal à trouver les ressources nécessaires pour dénouer la situation en puisant dans les réserves des paroisses. »[11] Etonnant aveu d’une crainte de voir la « justice civile » mettre son nez dans une gestion pour le moins approximative. Quant à la solution préconisée par le rapport de puiser dans les réserves des paroisses sans examiner davantage leurs charges, leurs projets, leurs difficultés, on peut penser qu’un administrateur judiciaire civil développerait une véritable expertise, plus attentive aux situations des paroisses – et aux expédients antérieurs d’une gestion problématique -, qui ne le conduirait pas forcément aux mêmes solutions. L’Association diocésaine est une association déclarée, à ce titre elle gère des biens aux bénéfices de citoyens (les chrétiens du diocèse) dont les intérêts doivent aussi être légitimement protégés par l’Etat auquel cette association est tenue de rendre des comptes. A ce jour, il semble d’ailleurs que les comptes de l’exercice 2019 n’ont pas été déposés, contrairement à l’obligation légale qui en est faite.

5) Cerise sur le gâteau : Mgr Cattenoz achève son temps épiscopal le 17 décembre 2020. Pour quelle raison prendre des décisions hypothéquant les années 2021 et 2022, tel que prévu dans le rapport, – sinon celle de sauver la face en escamotant au dernier moment les effets d’une gestion désastreuse de 18 ans ?

Il reste à trouver d’ici le 31 décembre 2020 une somme de 60 000€ pour assurer les charges restant à couvrir, somme dérisoire au regard de la totalité d’un budget diocésain, qui ne saurait justifier qu’on en prenne prétexte pour décider du sort financier du diocèse, archevêché et paroisses, pour les deux années à venir comme le préconise le rapport.

L’association Chrétiens en Vaucluse considère que, dans l’intérêt du diocèse d’Avignon, il convient de surseoir à la mise en œuvre des préconisations de ce rapport, dont l’urgence ne s’impose pas. Comme nous l’a indiqué le secrétaire général de la Conférence des Evêques de France récemment rencontré, le départ de tout évêque déclenche quasi-systématiquement la réalisation d’un audit financier, surtout lorsque la situation s’avère aussi préoccupante que dans notre diocèse. La sagesse nous apparaît donc de renvoyer à cet audit, effectué ultérieurement par des experts extérieurs au diocèse, un état des lieux complet de la situation financière.  Cette expertise analysera de façon approfondie les causes du déficit et permettra de construire des solutions pérennes  et équilibrées.

Chrétiens en Vaucluse, Avignon le 8 octobre 2020

[1] Cf. Rapport du groupe de travail sur le financement des dépenses collectives du diocèse : in « Synthèse, 1. Une situation qui ne peut perdurer » et nombreuses occurrences dans le Rapport.

[2] Cf. Rapport du groupe de travail sur le financement des dépenses collectives du diocèse : in « Introduction,  B. Condition de travail du groupe », p.1

[3] Cf. Rapport du groupe de travail sur le financement des dépenses collectives du diocèse : in « III. La situation financière du diocèse, A. Un constat : un déficit chronique et structurel. », p.2

[4] Cf. Rapport du groupe de travail sur le financement des dépenses collectives du diocèse : in « VII. Conclusion », p.8

[5] Cf. Rapport du groupe de travail sur le financement des dépenses collectives du diocèse : in « IV. L’analyse des dépenses collectives 2019 et Budget prévisionnel 2021, B. Budget 2021 et 2022, 1. Des charges en baisse », p.4

[6] Cf. Rapport du groupe de travail sur le financement des dépenses collectives du diocèse : in « « III. La situation financière du diocèse, B. Les causes, 4. La situation du Séminaire Redemptoris Mater. » p.2

[7] Cf. Rapport du groupe de travail sur le financement des dépenses collectives du diocèse : in « III. La situation financière du diocèse, A. Un constat : un déficit chronique et structurel. », p.2

[8] Id. p.2

[9] Cf. Rapport du groupe de travail sur le financement des dépenses collectives du diocèse : in « III. La situation financière du diocèse, C. La situation actuelle : un défaut de trésorerie qui peut conduire à une cessation de paiement pour l’Archevêché», p.3

[10] Cf. Rapport du groupe de travail sur le financement des dépenses collectives du diocèse : in « III. La situation financière du diocèse, A. Un constat : un déficit chronique et structurel. », p.2

[11] Cf. Rapport du groupe de travail sur le financement des dépenses collectives du diocèse : in « III. La situation financière du diocèse, D. Les conséquences d’une cessation de paiement », p.3